Raseteur de légende, Jacky Simeon a marqué de son empreinte la course camarguaise durant deux décennies (1970 – 1990). Une terrible blessure, le 3 juillet 1989 à Arles, l’a contraint de mettre un terme à sa brillante carrière. Grâce à l’écriture, il a pu non seulement soigner ses cicatrices mais continuer à vivre sa passion.

Une cocarde de sang et d’or

« Je l’ai écrit deux ou trois ans après mon accident. J’ai toujours aimé les mots, j’ai toujours été un grand lecteur et dans une période un peu de déprime, j’ai eu l’envie d’écrire sur moi-même, sur mon accident. Peut-être une façon de l’évacuer, de me libérer du traumatisme. Cette renaissance par l’écriture m’a permis de continuer à vivre la passion à travers l’écriture. »

Après ce premier ouvrage autobiographique, publié en 2002, qui fait l’objet d’une réédition  (Au diable vauvert), d’autres écrits ont suivi :

De l’eau, des taureaux et des hommes (Actes Sud, 2004)
Le cours du destin (Au diable vauvert, 2011)
Dictionnaire de la course camarguaise (Au diable vauvert, 2013)
Sur la route des taureaux (Au diable vauvert, 2017)

« L’écriture pour moi, ce n’est pas inné, ce n’est pas spontané. Il me faut beaucoup travailler. J’ai travaillé, j’ai fait, j’ai refait, j’ai appris à écrire en écrivant.
Je ne suis pas un écrivain, je suis un auteur
 ».

Un livre sur Jean Lafont en avril 2019

Poussé par ce goût de l’écriture à laquelle il consacre une grande partie de son temps libre, Jacky Simeon vient de terminer une biographie du célèbre manadier.

L’ouvrage, édité par la maison d’édition Au diable vauvert, devrait paraître le 14 avril 2019.

« Manadier passionné, Jean Lafont, était un personnage assez particulier, assez singulier, qui a apporté beaucoup à la course camarguaise. Il a rencontré des artistes, des écrivains, des personnalités connues, qu’il a fait venir chez lui et il a fait connaître cette culture taurine. »

Si la sévère cornada de Vidocq l’a forcé à abandonner la tenue blanche un peu plus tôt que prévu, Jacky Simeon ne s’est jamais éloigné des arènes et du milieu de la bouvine. Outre ses talents d’écriture, ses connaissances tauromachiques, son expérience et surtout une passion intacte lui ont permis de réussir une belle reconversion. L’ex-raseteur est devenu chroniqueur taurin avisé (TV Sud), consultant, organisateur reconnu de courses camarguaises. Depuis novembre dernier, il est le directeur des arènes de Lunel.

Quel regard porte-t-il sur sa carrière de raseteur, l’évolution de la course camarguaise et son devenir ?

« J’ai beaucoup aimé la période de mes débuts ? J’ai commencé à 18 ans et tout s’est merveilleusement bien passé. Il y avait une foule de gens qui me suivait. Je rasetais pour le public, pour faire plaisir. J’apportais quelque chose aux spectateurs et ils me renvoyaient ce dont j’avais besoin… De l’affection.

C’est vrai que j’ai de la nostalgie pour mes débuts, parce que c’était un peu de la folie. Tout le monde pensait que j’allais mourir dans l’arène car j’avais un raset assez particulier, je partais très près des taureaux, je les embarquais avec moi et je les gardais sur un long raset. Ça a surpris un peu l’aficion qui n’y était pas habituée.

Aujourd’hui, la façon de raseter a changé. Il y a moins de raseteurs en piste. Misant davantage sur leur condition physique, ils ont moins besoin de charger les taureaux, de les provoquer. Ils font des rasets plus longs, plus déliés mais sont moins dans le terrain des taureaux. Ils font beaucoup de séries qui n’avantagent pas les taureaux.

Dans la course camarguaise, le taureau, c’est la vedette. Et, les hommes sont là pour le mettre en valeur. Le corps de l’homme, c’est un leurre en quelque sorte, il faut laisser croire au taureau qu’il va pouvoir attraper le raseteur. Ça le met en confiance et ça lui permet d’être exceptionnel, de se sublimer. Mais si l’animal sent qu’il ne pourra jamais attraper le raseteur, il se vide physiquement mais aussi moralement.

L’essence de la course camarguaise, c’est l’émotion. Il faut trouver le moyen de créer de l’émotion dans les arènes.

Moi, je suis optimiste pour l’avenir de la course camarguaise. Je sais que pas mal de raseteurs ont pris conscience qu’il fallait apporter du changement… créer du spectacle. Parce que la course camarguaise, c’est du spectacle avant tout. Ce n’est pas un sport en soi. Les classements, la compétition, ne doivent pas primer. Le plus important, c’est l’émotion qu’on crée dans l’arène et qui permet aux gens de venir et d’apprécier le spectacle ».