Les vestiges archéologiques du Cailar font l’objet d’un programme de recherche depuis le début des années 2000. Les travaux menés sur la place de la Saint-Jean ont révélé l’importance de cet habitat fondé dès le VIe siècle avant notre ère et occupé jusqu’à l’époque romaine, avant la fondation du village actuel autour de l’église au cours du Moyen Âge.

Fondé au début du VIe s. av. J.-C., l’habitat du Cailar est entouré vers – 550 d’un important rempart en pierres de 2 m 60 de large, qui connaîtra plusieurs remaniements. Cette fortification protège une surface d’environ 1,5 ha, comme pour de nombreux petits habitats de Gaule méditerranéenne durant l’âge du Fer.

Aux Ve et IVe siècles avant J.-C., l’espace en arrière du rempart est une place publique qui accueillit ensuite durant tout le IIIe siècle avant J.-C. des expositions d’armes et de têtes coupées. Le site du Cailar a livré environ 50 de ces trophées humains et plus de 300 objets métalliques, appartenant principalement à la panoplie du guerrier gaulois : épée, lance, bouclier, etc …

Ouvert sur la lagune qui était alors navigable, Le Cailar se trouve à l’extrémité occidentale du Delta du Rhône, dominant l’espace que l’on appelle aujourd’hui la Petite Camargue, et servant de port pour l’ensemble du Languedoc oriental, de la Vaunage à laquelle Le Cailar est relié par le Rhôny, à la région nîmoise à travers la vallée du Vistre. Le comptoir a été installé au confluent de ces deux fleuves, sur une petite éminence naturelle.

Les vestiges archéologiques fouillés au Cailar témoignent ainsi de très nombreux échanges avec les Grecs installés à Marseille : produits grecs, étrusques, romains, y parviennent en abondance. C’était le port lagunaire du Languedoc oriental au temps des Gaulois, avant que la lagune s’envase et que la mer recule jusqu’à Aigues Mortes au Moyen Âge, puis jusqu’au Grau du Roi à l’heure actuelle.

Réjane Roure
Archéologue
Maître de conférence Université Paul-Valéry Montpellier 3

Les campagnes de fouille

Une fouille programmée a débuté Place de la Saint-Jean, à côté du cimetière, en 2002, sous la direction de Réjane Roure, et s’est poursuivie chaque année, offrant une meilleure connaissance de cet habitat remarquable. L’un des éléments importants mis en évidence par ces travaux est la présence d’un rempart en pierre mis en place dès le VIe s. av. J.-C. et fonctionnel jusqu’à l’époque romaine.

Des prospections géophysiques (électriques et magnétiques) ont été effectuées en 2014 sur les mêmes parcelles qui avaient fait l’objet de la prospection pédestre (entre le cimetière et les Arènes) : elles ont révélé une présence très dense de vestiges bâtis, notamment sur le haut de la parcelle, et ont confirmé la présence du paléo-chenal du Rhôny sur les parties basses (prospections effectuées par l’URL Valor sous la coordination scientifique de Réjane Roure, financées par le SRA Montpellier).

Le diagnostic mené par l’Inrap en 2017 (Bovagne et al. 2017) sur ces parcelles a confirmé la présence d’un habitat de type urbain, très densément occupé pendant plus de 9 siècles de façon continue, avec également des vestiges médiévaux et modernes de grande qualité. La stratigraphie et la conservation différentielle sont très complexes mais sur la partie haute de la parcelle, les murs et les rues de la ville du IIe-Ie s. av. n. è. sont présents à 40 cm sous la surface actuelle.

L’époque romaine est peu documentée mais présente – les prospections pédestres et le diagnostic montrent une occupation durant tout le Haut Empire ; on connait deux inscriptions latines assez intéressantes, liant le site du Cailar à la cité de Nîmes.