Il exerce son métier et sa passion dans un lieu emblématique du Cailar, Les Hourtès. Jean-Élie Agnel, éleveur de taureaux a racheté l’ancienne résidence de Jean Lafont en 2017. « Il y a eu au tout début un manadier, Bernard de Montaut-Manse » explique le nouvel hôte de la propriété lovée dans les célèbres prés et marais de Petite Camargue empreints de traditions.

Jean-Elie a baigné depuis toujours dans la bouvine et les prés du Cailar. Ses parents étaient gardians à la manade Henri Aubanel. « J’y suis né et j’ai monté longtemps là-bas avec mon frère. » Il gagnera plusieurs fois le concours d’abrivado, le dernier en 2001. Aujourd’hui encore il remercie Pierre Aubanel qui l’a aidé quand il s’est installé et ses fils Béranger et Réginald qui continuent à prêter du matériel.

Avec son épouse Marie, fille du manadier Jany Martini, ils créent leur manade en 2010, un cheptel de 140 bêtes sur 150 hectares qui pâturent sur Le Cailar, Sylvéréal, St-Gilles. Le bétail provient de la manade Michel Lagarde. « Il y avait peu de terres au départ. On s’est structuré au fur et à mesure avec des apports de terre et de bêtes en provenance de la manade Aubanel principalement.

Juriste de formation, avec une expérience dans le notariat puis l’immobilier commercial, il se consacre pleinement à la manade depuis cinq ans. Après des travaux d’aménagement le site des Hourtès avec des gîtes, une salle de réception et des arènes est opérationnel depuis peu. Un autre projet tient à cœur au jeune manadier, mettre en valeur le parc planté par Jean Lafont, grand amoureux des arbres. « On a fait étudier l’arboretum par une université de Montpellier, tous les arbres du monde entier sont référencés. Peu de gens le connaissent en fait. » Le couple Agnel souhaite mettre en place des visites pour le public et notamment pour les scolaires.

Le but de l’élevage demeure la course libre mais les manadiers sont obligés de se diversifier avec les abrivado, spectacles de rue, courses de nuit mais aussi les gîtes, soirées camarguaises, réceptions. « C’est très compliqué de vivre uniquement des courses camarguaises. Il y a de moins en moins de monde dans les arènes et de plus en plus de manades. Quelques jeunes taureaux commencent à sortir mais l’élevage a démarré de zéro et il faudra encore du temps pour avoir des vedettes.”

Le tourisme est devenu vital pour l’exploitation. Le couple a souhaité cependant s’inscrire dans une démarche d’accueil et d’immersion au sein de l’élevage, un tourisme de qualité pour valoriser le métier. « Nous recevons toute l’année même l’hiver où l’on montre les autres aspects de notre quotidien. » Une véritable passion pour laquelle Jean-Élie n’hésite pas à recevoir parfois des tous petits groupes.

En ce moment les soirées camarguaises des jeudis soir attirent du monde et les grands espaces intérieurs comme extérieurs permettent de respecter les consignes sanitaires. « On essaie d’expliquer tout, l’élevage du cheval Camargue, la course, le tri, jeux de gardian, abrivado en piste, une manière de partager notre passion. »

Pour les repas, des produits locaux, saucissons et terrine de la manade, brasucade avec moules du Grau, tapenade et gardiane maison AOP, fromage de chèvre, fougasse d’Aigues-Mortes, vin des Sables, ou des Costières. « On a du s’ouvrir au tourisme mais on le fait volontiers » conclut le manadier, « on a la chance de vivre de notre passion grâce à cela. »