Cela fait plus d’une semaine que la gelée noire a sévi sur le territoire dans le Gard. Les viticulteurs constatent les dégâts jour après jour.

Olivier Gibelin

Olivier Gibelin, président de la cave coopérative de Vauvert, a été interviewé par Dominique Peyre de Radio Système et dresse un état des lieux sur le territoire de Vauvert.
« C’est encore trop tôt pour un bilan définitif. Le gel agit immédiatement sur certaines parties et il faut du temps pour que l’effet total ne soit visible. Lorsque le feuillage est sorti, on le voit de suite. Mais pour les bourgeons dormants, c’est difficile de savoir s’ils sont touchés ou pas. Ce sont les porteurs d’espoir ! Ce sont eux qui pourront sauver une petite partie de la récolte. »
Selon le viticulteur, la production sera touchée entre 30 et 100% en fonction des expositions, des cépages ou de leur précocité. Le gel a frappé différemment d’une parcelle à l’autre et sur une même parcelle, voire d’une même souche. « Il peut y avoir un bras de gelé et par l’autre » explique-t-il, c’est l’influence des courants d’air. »

Olivier Gibelin explique que le gel a sévi jusqu’au littoral, dévastant les plaines vers le Vistre. Sur les Costières, plus exposées et venteuses, les vignes sont peu touchées par endroits. Les dégâts s’intensifient dès qu’il y a un creux et que l’on descend. « La cave vinifie les apports de vignerons sur Aimargues, Gallargues et Vestric. Ces communes ont été durement touchées. » Le président de la cave se souvient. « J’ai vu le phénomène en 1956. J’avais dix ans. On a dû refaire la propriété de mon père à 100% ! Moi, en temps que viticulteur, j’ai connu des gelées partielles, supportables, mais pas de la sorte. » Difficile de s’en protéger selon lui et très coûteux. « On ne peut avoir de cépages résistants. On n’a pas d’armes. L’idéal serait le chauffage ! C’est un investissement qui n’est pas envisageable dans la région. » Une nuit de combat face au gel représente 5000 euros la nuit à l’hectare selon lui. Entre ceux qui ne sont pas assurés, les demandes d’aide à l’Etat et de soutien au système coopératif, Olivier Gibelin craint qu’une exploitation agricole sur deux soit en péril.
« C’est très grave » conclut-il, « on essaie d’apporter un petit confort psychologique, on fait le tour des exploitations mais certains sont dans un désarroi total et ont des idées noires parfois. »
Les jeunes viticulteurs sont le plus touchés selon lui et souffrent déjà depuis plusieurs années. Installés récemment, ils ont investi et peu de trésorerie. « Beaucoup se demandent s’ils vont poursuivre. »

Rémy Dupret veut garder espoir Toutes les vignes du domaine du Vistre sont touchées. « A certains endroits, il n’y a rien sur une même vigne, on ne comprend pas ! » poursuit le viticulteur pourtant aguerri. Le bourgeon principal qui a gelé est mort, « grillé ». Rémy n’avait pas vu cela depuis 1991. « C’est cyclique », explique-t-il, « cependant on ne peut pas faire grand-chose. »
Avec ses deux fils Benoit et Mathieu, ils s’étaient levés à 4 h du matin et à 5h, ils brûlaient des ballots de paille, une quinzaine. « J’ai même allumé un tas de fumier que je semais avec la tractopelle ! » C’est au plus froid, au lever du soleil, que la température est descendue en-dessous de zéro et a fait ses ravages. Une gelé sèche, contrairement à la blanche accompagnée d’humidité qui s’installe à zéro degré. « On a tout donné pour essayer de sauver la vigne » soupire Rémy. Benoit est même allé jusque Vestric. « A 8h, on a vu le soleil se lever et les bourgeons devenir translucides, pencher de l’aile. On a su que c’était foutu. » Les petits bourgeons commencent à sortir, mais ils ne seront peut-être pas fructifères. « On ne sait pas encore » poursuit le vigneron, résigné. “La nature garde ses mystères et sa force. C’est comme cela, il faut relativiser et se dire qu’il y a plus grave encore, mais on accuse le coup. »  Pour ses fils, il vaut garder la tête haute, ne pas les décourager. “

C’est leur première grosse catastrophe, ils sont dépités et inquiets. » La famille a beaucoup investi en technologie depuis des années et des emprunts à rembourser. « Dans cinq ans on y pensera plus » conclut Rémy qui essaie de garder le sourire, « mais il faut tenir jusque-là. »