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Edmond Sarran, berger aux Laupies




A l’Espérou, la transhumance se transmet de génération en génération

Tous les ans, à la mi-juin, le petit village de l’Espérou, blotti au pied du mont Aigoual, sort de son sommeil hivernal pour vibrer au son ancestral des sonnailles. Sur la place, la fête bat son plein, mais le vrai cœur de cette tradition bat un peu plus loin, aux Laupies, sur la commune de Dourbies. C’est là que les souvenirs de la famille Sarran racontent comment la transhumance a traversé les époques.

Les Laupies, domaine du berger Edmond Sarran

Pour saisir ce qu’est la transhumance aujourd’hui, il faut voir les yeux de Josie. Chaque mois de juin, elle attend encore le retour des troupeaux aux Laupies. C’est ici, dans ce coin de verdure cévenol, qu’elle passait tous ses étés, entourée de son frère Jean Claude et de sa sœur Nadine, à gambader entre les jambes de leurs grands-parents, Edmond et son épouse Léa.

Edmond Sarran, né en 1900 à Valleraugue, était un vrai berger cévenol. Après avoir acheté sa maison au Cailar, en Petite Camargue, à la fin des années 40, il avait calé sa vie sur le rythme des saisons : l’hiver en plaine, entre le Gard et sa bergerie de Saint-Sériès dans l’Hérault, et l’été sur les hauteurs de l’Aigoual.

C’est aux Laupies, après avoir estivé sur d’autres pâtures cévenols, qu’Edmond a trouvé son bonheur. Sur ces herbages d’altitudes, il fut le premier à créer quatres pacages d’été pouvant accueillir quatre troupeaux différents de 800 à 1000 bêtes.

Sous les ordres d’Edmond, trois autres bergers s’affairaient (un par parc). Il y avait une petite infirmerie pour les bêtes et une cabane où le berger de garde dormait pour surveiller le troupeau.

Être berger, c’était bien plus que juste surveiller le troupeau. Il fallait aussi se débrouiller pour les petits soins vétérinaires du quotidien, l’agnelage et une attention permanente aux mères. en fin de journée réunir et rentrer les bêtes au parc , cette parcelle délimitée au carré par des barrières pour passer la nuit Heureusement, le berger pouvait toujours compter sur son chien, un vrai coup de main indispensable pour mener tout ça à bien. Heureusement, le berger pouvait toujours compter sur son chien, un vrai coup de main indispensable pour mener tout ça à bien.

Léa , la grand-mère , elle, gérait l’intendance : petit-déjeuner servi à l’aube, préparation des gamelles pour la journée, et souper chaud le soirpour les bergers . L’après-midi, elle cousait des sacs en jute pour y mettre le migou (le fumier de mouton ramassé sec dans le parc), qui partait par camions entiers vers Grasse pour fertiliser les champs de fleurs des parfumeurs.

D’hier à aujourd’hui

Edmond a raccroché en 1965. Depuis, le monde pastoral beaucoup changé. La transhumance était un vrai voyage : trois à quatre jours de marche, en rassemblant les troupeaux des différents propriétaires au fil des vallées cévenoles pour monter aux pâturages d’été par les drailles (chemin empierré , passage des brebis).

Aujourd’hui, la modernité est passée par là. Une partie des brebis monte de la plaine vers l’estive en camion bétaillère. Avec l’arrivée du loup,les chiens de protection (des Patous) veillent la nuit.

Un lien qui perdure pour Jean Claude, Nadine et Josie

Pourtant, le fil ne s’est jamais vraiment cassé. Si la plupart des bêtes montent en camion, quelques éleveurs et propriétaires passionnés s’accrochent au rituel et continuent de faire la route à pied, par les chemins de transhumance.

Et c’est là que la magie opère. Jean-Claude, le grand frère , devient, l’espace de trois jours un compagnon de route. Fin connaisseur du terrain, il file un coup de main à ces derniers bergers et éleveurs, pour guider les bêtes à travers la montagne.

Et quand le troupeau approche enfin d’Espèrou, les soeurs rejoignent le frère. Ensemble, ils marchent un moment au milieu des bêtes, dans la poussière, le bruit des cloches et les odeurs de suint.

Une façon de saluer la mémoire du grand-père Edmond, de retrouver leurs souvenirs d’enfants, et de prouver que tant qu’il y aura des hommes et des femmes pour marcher derrière les brebis, l’âme des Cévennes restera bien vivante.

Transhumance du samedi 13 juin 2026

Les brebis « Tchourent » à l’ombre (se reposent, dorment), à quelques kilomètres de l’Espérou avant d’être rassembler par le berger et de terminer leur transhumance.



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