You are currently viewing Le grand retour de la Santo Estello à Saint-Gilles pour son 150e anniversaire

Saint-Gilles rallume la Santo Estello : Le cœur des pays d’Oc bat en terre saint-gilloise

Plus d’un siècle après sa dernière édition dans la cité abbatiale (1909), la Santo Estello — le grand congrès-festival annuel du Félibrige — a fait un retour historique à Saint-Gilles du 22 au 26 mai 2026. Un événement d’une portée exceptionnelle pour célébrer le 150e anniversaire de la rédaction des statuts de ce mouvement fondé par Frédéric Mistral. Durant tout le week-end de la Pentecôte, près de 600 félibres venus de 32 départements et du monde entier ont fait vibrer la commune au rythme de la lengo nosto et des traditions vivantes.

L’Étoile du Félibrige brille à nouveau sur l’Abbatiale

Lors d’une inauguration vibrante, le maire de Saint-Gilles, Eddy Valadier, a donné le ton en déclarant :

« Saint-Gilles rallume une étoile. Et pas n’importe laquelle, la Saint-Estelle. Cette sainte étoile qui, depuis cent cinquante ans, fait rayonner la langue d’Oc, la culture provençale et l’âme de nos territoires. »

Intégrée récemment au cercle des cités mistraliennes, la ville est devenue pour quelques jours la capitale incontestée des Pays d’Oc. Pour Paulin Reynard, Capoulié (président) du Félibrige, ce rassemblement dépasse le simple folklore : il s’agit d’un message universel affirmant la liberté consciente de vivre, d’utiliser et d’assumer sa langue et sa culture.

L’universalité du mouvement s’est d’ailleurs vérifiée dans les rues saint-gilloises avec la présence de délégations venues d’Aurillac, de Limoges, de la région parisienne, mais aussi d’un associé allemand et d’une délégation chilienne. Cette dernière est venue honorer la mémoire de la poétesse Gabriela Mistral, qui avait emprunté son pseudonyme à Frédéric Mistral par admiration pour son œuvre.

Un hommage vibrant à Guillaume Laforêt, l’artisan-poète

Parmi les moments forts du week-end, le cortège des félibres s’est arrêté rue Victor-Hugo devant la maison natale de Guillaume Laforêt (1877-1955), le célèbre « Felibre carretié » (Félibre charron) de Saint-Gilles. Une plaque commémorative « Santo Estello 1909-2026 » y a été dévoilée pour ancrer son héritage dans le marbre.

Artisan du bois le jour et poète de la langue d’oc la nuit, Guillaume Laforêt a été mis à l’honneur à la médiathèque Émile Cazelles à travers une exposition et une conférence-spectacle retraçant sa vie et son chef-d’œuvre, Gàubi d’enfant.

La jeunesse au cœur de la transmission

Loin d’être un mouvement figé dans le passé, le Félibrige de 2026 mise activement sur la jeunesse pour assurer l’avenir de la culture occitane. Le binôme novateur formé par Paulin Reynard (35 ans) et Camille Hoteman, Reine du Félibrige (28 ans), incarne cette volonté de modernité.

L »avenir

Dès le vendredi, le Capoulié est allé à la rencontre de 150 enfants des écoles Jules-Ferry de Saint-Gilles et Louis-Pergaud de Raphèle.

« Je leur ai amené la Coupo Santo. Ils étaient émerveillés […]. C’est une graine qui est plantée et qui un jour fleurira », s’est réjoui Paulin Reynard.

Entre ferveur populaire, Bouvine et Cour d’Amour

Le week-end a été jalonné de grands moments d’émotion et de communion collective :

  • La culture au féminin et l’aficion : La salle Jean Cazelles a accueilli trois expositions majeures tout le week-end, mettant en lumière « Manadiero e Arlatenco : la bouvino au femenin » proposée par Guihaume Chevalier , « Manado Sant-Gilenco » proposée par l’Escolo La Sant-Gilenco et « Bouvino, regard dóu foutougrafe Pèire Aubanel » proposée par la Majouralo Anoliso Chevalier.
  • La Camargue dans les arènes : Samedi soir, les arènes Émile Bilhau ont vibré lors d’un spectacle nocturne de la manade Aubanel, dont le capitaine Béranger Aubanel dirige la Nacioun gardiano, offrant une démonstration des traditions taurines et des jeux de gardians aux félibres venus des provinces plus lointaines (Aquitaine, Auvergne, Limousin).
  • Messe et Défilé : Le dimanche 24 mai, l’abbatiale a fait le plein pour la messe solennelle en langue d’Oc, célébrée par le père Michel Desplanches (major du Félibrige) et le père Pesenti, suivie d’un immense défilé coloré des groupes félibréens à travers la ville.
  • La Cour d’Amour : Dimanche soir, les arènes ont accueilli la traditionnelle Cour d’Amour en l’honneur de la Reine Camille Hoteman, un spectacle grandiose mêlant danses, musiques traditionnelles et théâtre.

Les festivités se sont poursuivies le lundi avec le banquet solennel de la Coupe à la manade Conti et se sont clôturées le mardi 26 mai par une excursion culturelle au château d’Espeyran et une grande félibrejade autour de l’œuvre de Mistral. Saint-Gilles a prouvé ce week-end qu’elle n’oublie pas ses racines, les pieds ancrés dans son terroir et les yeux tournés vers l’avenir.

Des racines pour grandir

Pour Eddy Valadier « Les traditions, la langue d’oc, les costumes, les chants ou l’art de la bouvine ne sont pas des objets de musée ou du simple « folklore » pour amuser les touristes. Ce sont les fondations invisibles mais bien réelles de nos territoires« .

« Transmettre, ce n’est pas répéter le passé avec nostalgie, c’est le faire vibrer au présent — que ce soit à travers les écoles, la musique actuelle, les livres ou même les nouveaux outils numériques — pour que les générations futures s’en emparent à leur tour« 

L’année 2026 marque ainsi un jalon scientifique majeur avec la publication de la mise à jour de l’œuvre magistrale de Frédéric Mistral, Lou Tresor dóu Felibrige, après 20 ans de travail acharné du Conseil de l’écrit mistralien (CEM).

Défilé coloré des groupes félibréens à travers la ville

La Chorale Saint Gilloise
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