Ce début de mars est marqué par le célèbre hommage à Mlle Fanfonne Guillierme, 30 ans déjà. Chaque année, Aimargues lui rend hommage en organisant tout un week-end dédié à cette grande Dame.

Francois De Lucas a réalisé un film sur la vie de Fanfonne Guillierme, il a été diffusé deux fois à la salle Jacques Serres à Aimargues et a rassemblé sur les deux projections environ 800 afeciouna. Le film est financé par le (PETR) Vidourle-Camargue, la CCPC (communauté de communes de Petite Camargue) et la commune d’Aimargues.

Premère partie de la soirée

En première partie de cette soirée, M. De Lucas réalisateur, a fait un montage sur les fêtes d’Aimargues dans les années 70. A travers ces images d’archives, le public a pu ressentir la ferveur des fêtes, le retour des prés en passant par la rue Baroncelli et arrivant sur la place du château où était les arènes à l’époque. Il commente les images avec émotion et raconte des anecdotes très touchantes.

Au milieu de toutes ces photos d’archives, apparait un taureau apprivoisé se nommant Victor qui déambule dans les rues d’Aimargues comme un animal de compagnie, les jeunes le font entrer dans le café « chez léon ». La joie de vivre de tous ces jeunes aimarguois fait plaisir à voir et rajeuni les anciens.

Le réalisateur a profité aussi de mettre en avant la beauté de la course camarguaise à travers le rasé. Les raseteurs Aliaga, Errik, Felix et Charrade sont mis en lumière à travers leurs gestes, les images sont spectaculaires, le mariage entre le raseteur et le taureau perce l’écran.

M. De lucas a été sollicité par M. Le maire, Jean-Paul Franc un an auparavant pour faire un film sur la vie de Mlle Fanfonne à l’occasion de ce 30ème anniversaire. Il a raconté la vie de cette grande dame et de ses deux gardians, Armand et Jacques Espelly, ses frères de coeur avec un assemblage de vidéos et de photos d’archives datant de plus d’un siècle, c’est extraordinaire.

Deuxième partie de la soirée

Le film dure une heure, il est en deux partie, la première partie relate la vie parisienne de Mlle Fanfonne et la seconde partie met en avant la vie de cette manadière et de ses deux frères de coeur Jacques et Armand, un trio parfait.

Antoinette Guillierme, plus connue sous le nom de Fanfonne, et ses parents se sont installés en 1904 au mas « Praviel » à Aimargues. Dés bébé, elle montait à cheval, elle aimait profondément les animaux et disait que ces taureaux étaient ses enfants. Les images montrent aussi Mlle Fanfonne au Mas Parviel en 1911 avec une natte bien tressée sur un cheval, elle était envoutée par l’amour des chevaux et des taureaux.

Mlle Fanfonne faisait partie de la Nacioun gardiano, elle était acceptée par les gardians Baroncelli et Raynaud. Elle était reconnue grande manadière par ses pairs et a reçu de nombreuses récompenses durant toute sa vie.

Jacques et Armand ont été fidèles à la patronne, un énorme respect, une osmose spectaculaire. Armand Espelly raconte ses souvenirs et sa nostalgie « je rêve d’elle presque tous les jours, elle me manque, 60 ans de vie commune, ce vide ne sera jamais comblé »

A son tour Jacques Espelly raconte avec émotion sa rencontre avec Mlle Fanfonne, il avait 16 ans, elle avait besoin d’un gardianou, René Chabaud lui montre les taureaux. Jacques précise que :  « Gardian est un métier qui n’est pas un gage mais un amour pour les taureaux camarguais. »

Fanfonne, Jacques et Armand n’avaient pas de relation hiérarchiques, ils travaillaient ensemble. Ils avaient un profond respect pour cette grande dame.

Mlle fanfonne était très déterminée, sa forte personnalité lui a permis de s’imposer dans ce milieu très masculin. Elle disait : « manadière est un sport , une passion pas un métier »

À partir de 1956, secondée par Jacques et Armand, la manadière dirige seule l’élevage qui prend le nom de « manade Fanfonne Guillierme ».

Robert Faure, écrivain, peintre et photographe, raconte avec tellement de justesse le parcours fulgurant et émouvant de Mlle Fanfonne.

Le film met en avant cette femme de conviction et de caractère, elle se battait pour le maintien des traditions et s’est battue pour la reconnaissance du cheval Camargue en tant que race pure par les Haras nationaux en 1968.

Très respectée et appréciée de tous, elle est appelée « la grande dame de Camargue ».

Ses taureaux sont réputés et remportent de nombreuses fois le prix des cocardiers et deux Biòu d’Or avec Galapian en 1968 et Segren en 1983.

Le taureau Segren est en pleine gloire en 1983, gagne la même année biou d’or et cocarde d’or. Il est promu a une belle carrière, c’est un grand taureau mais le destin en a décidé autrement, il prend un coup de corne aux prés. Tout le monde de la manade pleure, choqué par cette mort, une stèle lui est dédiée au mas Praviel. Armand raconte que c’est la première fois qu’il a vu la patronne pleurer pour un taureau.

Et précise « malgré son amour perdu à la grande guerre, elle n’a pas pu fonder une famille à elle, ce manque affectif sera compensé par ses frères Espelly et ses taureaux »

Quand elle décède en 1989, le monde de la bouvine est en deuil et ses frères de coeur reprennent tout naturellement la manade. Ils sont fiers de poursuivre la manade et sont dignes de continuer. Le personnage de Mlle Fanfonne est immortel, elle est une femme authentique, féminine en somme une grande dame.

La fin du film retrace les hommages que la ville lui a rendu : Le buste du sculpteur bronzier Claude repose à l’entrée de l’école Primaire portant le nom de Fanfonne Guillierme. Cette sculpture retrace les traits de caractères de Mlle Fanfonne : son énergie, sa gentillesse, sa simplicité et son authenticité.

En 1912, en collaboration avec la municipalité d’Aimargues, le sculpteur Ben K créé une statue grandeur nature. Mlle Fanfonne y est représentée sur son cheval Prince aux côtés de ses deux Biòu d’or Galapian et Segren.

A la fin du film Christian Espelly prend la parole et précise que « tout ça c’est un lot de gens amoureux de leurs bêtes, le nom de la manade est toujours dans les pistes aujourd’hui.”

M. Armand Espelly

Armand Espelly agé de 90 ans, est présent, très ému par cet hommage, les yeux pleins de larmes, il précise qu’il faut avoir vécu avec elle pour comprendre, c’était une vie dure.

Les afeciouna applaudissent longuement cet homme, le claquement des applaudissements sont synonymes d’un profond respect pour ces trois personnages.

L’authenticité de ce film est bouleversante, à la fin de la projection beaucoup de monde ont les yeux rougis et se lève pour acclamer ce beau film patrimoine de nos traditions. François De Lucas précise aux afeciouna que ce film ne sera pas à la vente car il ne souhaite pas en faire un commerce.

Quelle belle réussite, bel hommage.

M. Le Maire est ravi de ce film et se réjoui de l’intérêt que suscite Mlle Fanfonne Guillierme. Le président du PETR, Pierre Martinez, prend la parole après M. Le Maire Jean-Paul Franc et précise sa satisfaction d’être présent lors de cette diffusion, il s’est efforcé de préserver les traditions de la bouvine et il est très heureux de ce film.