L’espace culture Jean Jaurès de Vauvert a présenté du 15 janvier au 9 mars les œuvres de Luc Long, Annette Gibert et Paul Rey dans le cadre d’une exposition dédiée à l’archéologie sous-marine, à la céramique et aux bouteilles à la mer. Luc Long est connu comme archéologue et plus particulièrement pour sa découverte phare du buste de César dans le Rhône et plus particulièrement à Arles. A Vauvert il a présenté les dessins de son livre 30 ans d’archéologie dessinée-Carnet de fouilles sous-marines du Rhône à la Camargue. Les sculptures d’Annette Gibert représentent des naufragés accrochés corps et âmes à une planche en bois, « à flots perdus ». Quant à Paul Rey il fabrique des scènes avec des personnages de la vie maritime dans des bouteilles.

La conférence « Carte blanche à Luc Long » a passionné le nombreux public

Du nouveau sur le port fluvial antique d’Arles et son avant-port maritime (face aux Saintes maries de la Mer)

En Camargue, les fonds marins sont plus clairs que le Rhône mais il y a des particules qui opacifie et gène la visibilité. Aux Saintes, il y a le plus grand cimetière d’épaves romaines. Au 6 e siècle avec la venue des Etrusques et des Grecs, les bateaux sont nombreux et certains échouent face aux Saintes (voir Photos) à environ 150 à 300 mètres du bord du rivage.

Luc Long nous apprend que moins de 6% du Rhône a été fouillé selon lui beaucoup de découvertes restent à faire mais les budgets sont en baisse et le stockage des œuvres est difficile et couteux.  La fouille stratigraphique patiemment menée au fond du Rhône dans la zone de déversement d’un groupe statuaire où fut découvert le portrait de César, a livré encore cette année de nouveaux éléments de sculptures. Il s’agit notamment d’un fragment de cuisse en marbre, au pelage poilu, qui se rapporte au dieu Pan, divinité de la nature, protectrice des bergers. On distingue les pattes et la tête d’une peau de chèvre qui pendent sur sa hanche. D’autres morceaux de marbre laissent penser à un groupe de plusieurs personnages.

Découverte rare aux Saintes-Maries-de-la mer : Des Roues de Métagénes

(Source : Blog 2ASM)

Des bijoux, des fibules, des épingles, des objets de la vie et des lampes décorées de scènes diverses : fauconnerie et cynégétique, combats de gladiateurs, guirlande végétale, scènes érotiques et silènes ithyphalliques… Le Rhône est un livre ouvert sur les images de la vie quotidienne à Arles, à l’époque romaine.

Mis en émulsion sous l’action de la fouille, le sédiment limoneux libère chaque jour toute une série de petits trésors archéologiques qui enrichissent notre connaissance sur la vie et les objets du passé. L’étude d’une épave chargée de blocs de marbre (l’épave SM39), découverte à près de 20 m de fond, au large des Saintes-Maries-de-la-Mer par Pascal Chabaud, un plongeur du grau-du-Roi habitué aux eaux troubles de Camargue, livre un trésor archéologique inestimable à Luc Long et son équipe. Il s’agit de plusieurs bandages de roue en fer, d’environ 1,60 m de diamètre, aujourd’hui concrétionnés, chargées avec le marbre sur le navire. Ils se rapportent sans doute aux fameuses « Roues de Métagénes », dont parle Vitruve dans son encyclopédie sur l’architecture. Ce système, inventé à l’origine par l’architecte grec Métagénes, lors de la construction du temple d’Artémis d’Éphèse, permettait à un bloc de marbre rectangulaire enchâssé dans deux grandes roues en bois de tourner sur lui-même, facilitant ainsi considérablement son transport jusqu’au chantier de construction. En l’occurrence, il s’agit là de l’unique témoignage de ce système encore utilisé à Rome, du temps de Vitruve.

Une nouvelle Caliga Romaine sortie du Rhône

(Source : Blog 2ASM)

Admirablement ciselée et très bien conservée, une nouvelle sandale romaine en cuir vient d’être retrouvée lors de la fouille du Rhône 2017. Collée à un fond d’amphore par le « concrétionnement » des clous en fer de son épaisse semelle, cette caliga a été ainsi protégée de l’action du fleuve durant 2000 ans et a pu garder son volume et sa forme. Actuellement en traitement au laboratoire Arc-Nucléart de Grenoble, elle va bientôt compléter la collection du musée départemental antique d’Arles, issue du Rhône, comme c’est le cas d’une autre très belle chaussure militaire de type calceus, découverte en 2014 en stratigraphie par l’équipe DRASSM.

C’est sur la rive droite du Rhône qu’a été trouvé le portrait de César, il y a bien sûr une relation entre les objets retrouvés. Les conditions ne sont pas faciles, les moyens optiques sont limités, le courant est de 2,5 nœuds (fort), la pollution des voitures est forte (de nombreuses épaves) et les péniches ne sont pas forcément au courant des fouilles. Les nombreux Silures (Poissons chats) veillent sur les fouilles en dissuadant, les plongeurs malveillants, de « voler » les vestiges archéologiques.

Lorsque Luc Long a trouvé le buste de César, il a fait l’hypothèse que ce n’était pas le buste de César. A l’époque de César, sous le régime de la République la représentation ne devait pas être assimilée à une divinité mais l’homme devait être vieux et laid car il apparaissait alors comme un sage. Le buste de César ne ressemblait pas aux représentations habituelles car il avait beaucoup de rides, de verrues etc. En 395 après JC,  Théophile d’Alexandrie (mort le 15 octobre 412) fut évêque (patriarche) d’Alexandrie en Égypte, de 384 à 412 chrétien qui brandit la Bible et condamnait à mort quiconque se livrait aux cultes anciens. Jouissant d’un grand pouvoir en Égypte, il se fit connaître par des méthodes extrêmement violentes et peu scrupuleuses. Le premier événement d’importance auquel il fut associé est la fermeture ou la destruction des temples païens d’Alexandrie en 391. Il voulut d’abord faire confisquer le temple de Dionysos pour le transformer en église et obtint pour ce projet l’approbation de l’empereur Théodose Ier.  Il a donc fallu alors se débarrasser du buste de César.

Pour finir Luc Long nous aprésenté son carnet de fouilles sous-marines « 30 ans d’archéologie dessinée ».