Les taureaux de la manade de Franquevaux ont retrouvé leur quartier d’été. Manadier et gardians sont allés les chercher dans les enclos d’hiver, à Vauvert, quartier du Grès, des terres qui ont subi les derniers incendies mais qui offrent un abri. « Les mères qui attendent leurs petits peuvent se coucher et s’abriter quand il pleut ou qu’il fait froid, dans les genêts et les chênes. Elles ne sont pas dans l’humidité » explique Alain Fougairolles. « Nous prenons plus soin des femelles que des mâles ! » poursuit le manadier. Les taureaux ne sont pas loin mais n’ont pas besoin d’abri. Alain espère une trentaine de veaux cette année. Ils commencent à pointer le bout de leur museau. Des naissances tardives, volontairement. « J’ai décalé pour avoir un lait meilleur quand les vaches ont de la bonne herbe et pour ne pas avoir à compléter la nourriture. »
Le travail ne manque pas l’hiver même si les activités sont arrêtées. Le nourrissage, les soins, vaccinations, vitamines, vétérinaire, l’entretien du domaine, barrages, clôtures, roubines, portails et pompes pour que l’herbe repousse au printemps. Aidé des gardians, le manadier tri le bétail pour sélectionner les bêtes qui recevront les soins. Une activité qui permet aux chevaux et aux cavaliers de s’entraîner régulièrement et surtout d’avoir leur ration de plaisir car il tarde à tous de pouvoir reprendre les manifestations.  La situation est compliquée comme pour toutes les manades. « On a pu passer tant bien que mal l’an passé » explique Alain, mais cette année quand ils vont arrêter d’un coup les perfusions, cela va être dur. Il faut se tenir prêt. » Il n’a pas encore de réservations nouvelles, que les reports de l’année dernière, mais qui sont loin d’être assurés. Les aides couvrent une partie des frais fixes, cotisations, assurances, mais elles sont limitées.


La manade fait essentiellement des réceptions dans la laupio avec présentation du bétail, ferrade, abrivado en pays. Elle reçoit du public à mobilité réduite avec une charrette spécialement aménagée pour fauteuils roulants. « Il est difficile de penser proposer autre chose » explique Alain, « il faut rester dans les traditions, on ne peut pas faire n’importe quoi. » Le manadier se réjouit cependant de travailler dans un environnement magnifique. « Mon bureau c’est cela ! » dit-il montrant le paysage de prés et marais à perte de vue, avec le canal en fond.