Le lieu emblématique de la Tour du Valat en Arles a accueilli une assemblée particulière et d’actualité pour la sauvegarde des traditions taurines. L’association « cultures et patrimoines camarguais PCI Unesco » qui s’est réunie pour relancer la candidature en 2024 du projet « pratiques et savoir-faire des gens de bouvine » comme patrimoine culturel immatériel. Une démarche longue et fastidieuse qui a déjà connu un écueil. La reconnaissance internationale permettrait la valorisation de ces pratiques ancestrales autour du taureau. Un projet soutenu par la DRAC.

« Nous faisons face à une baisse de la fréquentation des arènes, aux difficultés des manadiers et revendications animalistes. » Le président Florent Lupi, également président de la fédération des manadiers, mène un combat pour cette reconnaissance avec l’aide de la communauté bouvine.  « Nous parlons de pratiques et savoir-faire pour ne pas limiter la candidature à un territoire ni à un acteur » explique-t’il.

L’aventure a commencé en 2009 avec la fédération française de la course camarguaise qui a œuvré pour la reconnaissance de la course camarguaise au PCI mais le dossier n’a pas été accepté, trop centré sur la tauromachie. La course est cependant reconnue à l’inventaire France. Dix ans après, c’est la naissance du collectif pour élargir aux diverses pratiques qui fédèrent toute une communauté. « Notre collectif s’est engagé pour la reconnaissance des patrimoines culturels immatériels liés à la présence du taureau et chevaux de race Camargue, en étudiant toutes les composantes de son écosystème, environnementales, sociétales, sociales, économiques, agricoles, culturelles. »

Deux ans après la première assemblée générale, la seconde a eu lieu le 29 mai. De nombreux membres du bureau se sont retrouvés avec plaisir et passion, des gens de la bouvine. Florent Lupi a retracé la genèse du projet et les nouveaux axes majeurs de la candidature basés sur la biodiversité, la transmission et l’adhésion des porteurs de ce patrimoine. Une coopération est en place avec deux régions de l’Italie et l’Espagne qui ont des pratiques similaires pour avoir un dossier transnational non soumis au quota des deux ans pour les pays. Nicolas Triol était présent, représentant le partenaire historique du collectif, la FFCC.

Manadiers, gardians professionnels et amateurs, raseteurs, aficionados, professionnels du tourisme, artisans, artistes, écologues, tous seront sollicités pour témoigner de la culture taurine. Un comité de pilotage sera présidé par Claire Mailhan et Serge Colombaud qui seront les ambassadeurs du projet et les reflets des communautés. Une démarche accompagnée par des scientifiques comme Jean Jalabert, directeur de la Tour du Valat. Le site abrite des manades, dont celle de la Tour elle-même, avec trois cents bêtes. « Ce projet est exemplaire, constructif et rassemblant » disait-il, l’élevage a façonné la Camargue et représente une dimension scientifique et écologique forte. » Frédéric Saumade sera à son côté pour le comité scientifique et Dominique Serena, experte PCI. « La Fe di Biòu se vit ! » dit-elle, « Il faut révéler ce qui fait ce patrimoine complexe, mettre des mots sur les pratiques. »
Pour Jacques Mailhan, vice-président de l’association lui faisait écho « il faut faire comprendre aux autres ce qui fait notre art de vivre. » Le principal, c’est de durer, a coutume de dire le manadier.

La convention de l’Unesco de 2003 permet l’inscription sur une des trois listes du patrimoine culturel immatériel (PCI de l’humanité, PCI nécessitant une sauvegarde urgente, et registre des bonnes pratiques. La France ne peut présenter qu’un dossier tous les deux ans. L’étape obligée est la reconnaissance nationale du projet au PCI France. Les PCI ce sont les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire. Ces éléments peuvent s’appuyer sur des “instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés”, mais ils ne seront pas eux-mêmes inscrits sur une liste. Pour la bouvine, le projet s’intitule Pratiques et savoir-faire des gens de Bouvine ». Cette dénomination a pour avantage de ne pas limiter la candidature à un territoire stricte, et s’applique à tous les acteurs du monde de la bouvine : manadiers, gardians professionnels et amateurs, raseteurs, aficionados, professionnels du tourisme et du patrimoine, artisans, artistes, écologues.