Ils étaient fiers de jouer devant leurs parents qui ont tous répondu présents à l’invitation des élèves de la classe Ulis, une section particulière de l’école Jean Macé. « Vous allez voir le travail de toute une année, nous avons écrit le texte puis appris les rôles et les poésies. » Muriel Canet est enseignante spécialisée depuis trente ans, une formation spécifique pour s’occuper d’enfants différents qui ont des handicaps. Dans le Gard il y a plus de soixante-dix unités localisées d’inclusion scolaire. Celle de Jean Macé, unique sur Vauvert, se consacre aux enfants qui ont une déficience intellectuelle légère. « Ils ont surtout du mal à travailler dans des classes traditionnelles et ont pris du retard scolaire » précise la maîtresse, « l’apprentissage traditionnel est compliqué pour eux, avec leurs troubles cognitifs, comme les troubles du langage ».

Muriel Canet y enseigne depuis vingt ans. La classe peut accueillir douze élèves. Les enfants arrivent à 7 ans et partent à l’âge de 12 ans. « Leurs niveaux sont différents, de moyenne section maternelle à un bon CE2 pour ceux qui ont le plus progressé ». Les programmes sont personnalisés en fonction des capacités d’apprentissage et les élèves travaillent par petits groupe selon les matières. Il y a des inclusions collectives ou individuelles, comme la chorale, du sport. Ou un enfant va dans une autre classe pour certaines matières. Trois AVS accompagnent l’enseignante, Sandrine, Marie et Céline. « Il faut tout de même que les enfants se sentent appartenir à la classe » poursuit l’enseignante, « c’est une vraie richesse de faire des activités ensemble comme le théâtre, cela permet à tous de participer en fonction de ses possibilités. » Si le théâtre est compliqué pour certains, notamment ceux qui ont des troubles du langage, cela leur apprend à parler fort, articuler, et même parler au bon moment. Pour d’autres, cela va être un véritable moyen d’expression. Muriel travaille ces compétences sous forme de jeux tout au long de l’année, même si l’enseignante a de fortes exigences pour les résultats. « Les enfants ne sont pas maternés, au contraire, on leur donne confiance en eux pour qu’ils puissent avoir une vie sociale normale. » Dans une bonne ambiance, ils apprennent l’écoute, l’attention et la concentration. « C’est très enrichissant, il y a une vraie solidarité. Les enfants sont unis entre eux et respectent les difficultés de chacun et s’appuient sur ceux qui peuvent les aider, dans la bienveillance et le plaisir d’être ensemble. » Les sport et les arts plastiques tiennent une bonne place et Muriel enseigne la littérature. « J’essaie d’élargir au maximum leurs connaissances culturelles pour en faire des futurs citoyens.

Ce mardi, les ulis étaient ravis de faire la représentation devant un public. Ils ont joué avec bonheur et assurance. Il n’y avait plus de handicap, ni de différences mais des parents fiers de la belle réussite de ces enfants volontaires et motivés. Pour Muriel, c’était un aboutissement de gros efforts mais surtout un grand plaisir. Au bout de vingt ans, l’enseignante a toujours de belles récompenses et se régale de voir les enfants évoluer. « Ils sont très sympas, on s’amuse tout en travaillant sérieusement. » Si de forts liens se créent avec les élèves et leur famille, Muriel est heureuse de les voir partir, voler vers leur vie d’ado au bout de cinq ans. « Moi je ne me vois pas aller ailleurs ! » conclut l’enseignante.