L’association pour l’aide à l’inscription au patrimoine immatériel de l’Unesco des « pratiques et coutumes des gens de bouvine » poursuit son action. Le monde de la bouvine rassemble des dimensions économiques, sociales, religieuses, culturelles et politiques autour de l’animal. Le lien entre l’Homme, animal et nature est unique et donne au territoire une identité forte.

L’Assemblé générale constitutive a eu lieu au Centre du Scamandre en avril 2019, et le siège est installé dans les locaux du Centre français du riz, à Gimeaux. La deuxième AG a été organisée à la Tour du Valat, dans autre secteur emblématique du patrimoine naturel camarguais.

En complémentarité avec des démarches conduites dans le cadre du label « Réserve de biosphère », l’association souhaite valoriser, transmettre et protéger la culture camarguaise.

Le patrimoine culturel immatériel de l’Unesco comprend les traditions et les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants. On peut y inclure les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, les évènements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature, les savoir-faire nécessaires à l’artisanat traditionnel… tout un panel de caractéristiques identitaires qui contribuent à la singularité d’un territoire et de ses habitants.

Cette association a donc également pour objectif de favoriser le rayonnement des territoires, tant au niveau national qu’international. Il s’agira également de développer l’attractivité de ces cultures afin de les partager et de les transmettre auprès des publics qui en sont éloignés comme les nouveaux arrivants.
Ces patrimoines culturels immatériels et matériels pourront être partagés par un plus grand nombre de personnes et deviendront un facteur de cohésion et d’attractivité territoriale à travers ces patrimoines liés aux cultures camarguaises. Certains es acteurs seront leurs ambassadeurs.

Présidée par le manadier Florent Lupi (manade Chapelle) entouré de personnalités intervenant dans différents domaines en lien avec la gestion et l’animation du territoire, l’association vise à mobiliser le plus grand nombre pour organiser la médiatisation et la promotion des cultures camarguaises.

Son activité s’organise au travers d’une commission scientifique, d’un comité de pilotage, et de groupes de travail définis par le conseil d’administration, dédiées à la mise en œuvre thématique des projets de l’association.

À ce jour trois réunions thématiques sont en cours de programmation en tenant compte d’un maillage de l’espace concerné par la démarche, en Occitanie, dans le delta du Rhône et en Provence.

« Pratiques et savoir faire des Gens de Bouvine »

Synthèse des travaux scientifiques

Assemblée Générale du 29 Mai 2021 – Tour du Valat

1) Pourquoi cette candidature ?

Le monde de la bouvine peut être qualifié d’un « fait social total ». C’est-à-dire qu’il rassemble les dimensions économiques, sociales, religieuses, culturelles et politiques autour de l’animal.

L’ensemble de la vie sociale et économique locale est inévitablement enchâssée à la bouvine que ce soit à travers les fêtes votives, le tourisme, le patrimoine naturel, les loisirs, les activités agricoles, l’architecture. Ce lien entre Homme, animal et nature est unique et donne au territoire une identité qui lui est propre.

L’inscription d’un élément sur la Liste Représentative du Patrimoine Culturel Immatériel de l’Unesco permet à ce dernier d’être sauvegardé, valorisé, et promu. Dans le cas de la bouvine, la baisse progressive de la fréquentation des arènes par le public, les difficultés de plus en plus nombreuses des manadiers, ou encore les revendications des animalistes sont d’autant plus de difficultés auxquelles le monde taurin doit faire face ces dernières années.

L’Unesco offre une visibilité internationale mais aussi un accompagnement afin de mettre en place des mesures de sauvegarde, de transmission, de promotion de ce que vous considérez comme votre patrimoine culturel. De plus, toutes ces mesures seront mises en place après consultation de la communauté, c’est-à-dire tous les acteurs qui vont vivre ces traditions taurines.

2) La nature de la candidature

La convention de l’Unesco de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel a pour objectif de permettre d’inscrire sur une des 3 Listes du patrimoine culturel immatériel (Liste représentative du PCI de l’humanité, Liste du PCI nécessitant une sauvegarde urgente, Registre des bonnes pratiques) des patrimoines immatériels, c’est-à-dire des “pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire”. Ces éléments peuvent s’appuyer sur des “instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés”, mais ils ne seront en aucun cas l’élément inscrit sur une des listes du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Bien sûr, la bouvine a des expressions matériels comme les arènes, ou l’équipement des gardians, mais ces objets ne sont que des supports et non pas le sujet principal du dossier. Le patrimoine décrit dans le dossier de candidature est immatériel. On parle de pratiques, de savoir-faire, d’expressions, de connaissances, or ces éléments n’existent que dans « l’esprit » des gens.

Ainsi, ce projet a pour nom : « Pratiques et savoir-faire des gens de Bouvine ». Cette dénomination a pour avantage de ne pas limiter la candidature à un territoire stricte, et s’applique à tous les acteurs du monde de la bouvine : manadiers, gardians professionnels et amateurs, raseteurs, aficionades, professionnels du tourisme et du patrimoine, artisans, artistes, écologues.

3) Les stratégies de la candidature

En se basant sur les précédentes candidatures ainsi que sur des candidatures similaires acceptées (telles que la transhumance, ou la Charréria au Mexique), nous avons pu déterminer quelles sont les attentes de l’Unesco, et ce sur quoi nous devons concentrer nos efforts :

– S’appuyer sur les points forts : le développement durable, la biodiversité et la transmission

Ces trois éléments sont les atouts dont nous disposons. L’Unesco est une institution internationale qui prône le développement de l’éducation, de la science et de la culture comme rempart aux conflits dans le monde. Ainsi, le politiquement correct est de rigueur. Pour autant, dans un dossier de candidature, il ne faut rien cacher des aspects qui peuvent déplaire et au contraire les inscrire dans un ensemble plus large qui leur donne sens. C’est pour cela que la course camarguaise ne peut pas être inscrite comme seul élément, au vu des considérations animalistes. Il est nécessaire de l’inclure dans le système d’élevage et les pratiques culturelles existantes autour du taureau.

L’élevage extensif, l’entretien des paysages et de la biodiversité, le patrimoine naturel sont autant d’éléments à mettre en avant dans le dossier. Le taureau ne se trouve pas uniquement dans les arènes.

Par ailleurs, la transmission aux jeunes générations d’un patrimoine culturel est ce qui le rend vivant et le fait perdurer dans le temps. Mais elle permet aussi à ce patrimoine culturel de s’adapter aux enjeux de chaque époque.

– Privilégier une candidature transnationale

La France ne peut déposer qu’une candidature à l’Unesco tous les 2 ans. Les candidatures transnationales se sont pas soumises à ce quota, ce qui permet d’accélérer la procédure. Cela permet aussi d’élargir le nombre de pratiques et savoir-faire liés aux taureaux ou aux vaches inscrits sur la

Liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco qui pourront alors être sauvegardés et valorisés.

Le dossier comprendra les régions suivantes : la Camargue, les Landes, le delta de l’Ebre en

Espagne et la Maremma en Italie. Notez que les taureaux du delta de l’Ebre sont élevés pour des jeux de rues et non pour la corrida. En effet, celle-ci ne peut faire partie de la candidature puisque tout élément culturel impliquant une mise à mort est contraire aux principes de l’Unesco.

Ces 4 régions n’ont certes pas le même usage des taureaux. Pour autant, le lien entre homme et animal est bien présent.

– L’essentielle participation de la communauté

La convention insiste sur l’importance de la participation et de l’adhésion de la communauté au processus de patrimonialisation.

Ainsi, les professionnels du patrimoine et de la culture qui travaillent sur le projet ne sont là que pour accompagner la communauté dans le processus de candidature, et non pour dire ce qui doit être fait, dit, écrit ou montrer. Ces choix reviennent à la communauté.

Par ailleurs, une candidature est avant tout une démarche qui doit permettre à la communauté de se réunir autour d’un objectif commun qui est la protection et la sauvegarde de son patrimoine culturel.

Il est donc primordial que cette démarche s’accompagne d’une réflexion plus large sur les impacts, positifs et négatifs, que peut susciter le projet et les effets en découleront, afin de déterminer les attentes de chacun.

Enfin, il faut prendre en compte le fait que ce processus est très long et peut prendre plusieurs années. Avant de pouvoir déposer un dossier à l’Unesco, il est obligatoire que ce patrimoine soit

reconnu par l’État français comme faisant partie du patrimoine culturel immatériel de la France.

Synthèse réalisée par :
MAURY Joséphine, M2 Ethnologie et métiers du patrimoine, Université Paul Valéry, Montpellier
COCAULT Romain, M2 Ethnologie du développement durable, Université Aix-Marseille