Avec ses soixante ans de passion de l’art lyrique, Chantal Bastide a fortement contribué à la renommée de Vauvert dans sa tradition du bel canto. Elle est depuis des années cheffe de chœur pour Vocissimo, chœur lyrique de Petite Camargue. Elle aime rappeler que le Vauverdois Jean-Lemestin Broussan, grand baryton, a été directeur de l’Opéra de Paris.
Après quarante ans d’une belle carrière qui l’a conduite au sommet, aux côtés des plus grands chanteurs, la cantatrice assure désormais la passation de son talent à ses brillants élèves.
« J’ai accepté cet entretien pour remercier les gens de Vauvert et de Nîmes qui ont fait de moi ce que je suis devenue » dit-elle simplement. Chantal a ressorti ses nombreux albums photos et articles de presse, ses « books » de diva. Les souvenirs sont ravivés, mais sa passion est encore plus lointaine. « A 12 ans j’avais envie de faire du piano, mais mes parents ne voulaient pas » se souvient-elle, « c’était une lutte incessante. » Son grand-père cependant avait aimé l’opéra. « Je crois que c’est cela qui a refroidi mon père, il s’endormait sur ses épaules aux concerts ! »
Chantal a toujours aimé chanter et a démarré avec de la variété. A la chorale de l’église de Vauvert, elle rencontre Les Amis du Bel Canto. Devant son engouement pour la musique et le chant, ils l’emmènent voir des représentations. « Ces personnes ont façonné mon destin, je ne les oublierai jamais ».  Elle pense avec émotion à René Michel, et William Therond, qui ont présidé l’association lyrique, à André Guigon ou Jannick Molimard.La jeune femme fait fi des découragements paternels. Au fond d’elle-même, elle sent que c’est sa voie, et au décès de sa mère, elle a à peine 17 ans, son père a cédé. Chantal commence à travailler le chant à Nîmes avec Andréa Guiot de l’Opéra de Paris, une aubaine pour elle. « C’était sa première année au conservatoire. » Ses mentors seront ensuite Christiane Eyraud, Régine Crespin et Xavier Depraz et Michèle Voisinet. Tous de l’Opéra de Paris. « Ils ont tant compté pour moi ! » Ces personnes l’ont aidé persister dans sa passion. Chantal cite également la nîmoise Geneviève Molimard, présidente des Amis et du théâtre et de l’art lyrique de Nîmes. Elle découvre avec ses professeurs qu’elle possède trois octaves en vocalise, du sol grave au contre sol. Cette belle tessiture rare lui permet d’obtenir un prix hors concours décerné à l’unanimité avec vote spécial du jury. A 26 ans, Chantal sort première en art lyrique au conservatoire de Paris avec La folie de Lucia di Lammermoor, qui deviendra son air de prédilection et un de ses plus gros succès en Italie. Un an plus tard, c’est une médaille d’or au festival international des jeunes solistes de Bordeaux.

Mireille de Charles Gounod (Production Opéra de Liège – Belgique, Allemagne, Pays-Bas)


La jeune femme est une travailleuse assidue. Technique, histoire de la musique, solfège, toute la gamme y passe. « Cela ne suffit pas » ajoute-t-elle, « il faut un don ». Voici la seule flatterie qu’elle s’octroie. Sa volonté était de faire du chant son métier. Avant même de recevoir le prix à Paris, elle est déjà engagée par Michel Plasson, directeur du Capitole de Toulouse. Elle se produit déjà aux côtés de grands chanteurs. Mais ce qui fait lancer définitivement sa carrière, c’est l’audition de directeurs de théâtres avec notamment Fernand L’Huillier directeur du théâtre de Nîmes. Chantal fera jusque quarante représentations par an sur les scènes internationales, un large répertoire, une pluie d’articles et d’éloges dans la presse.  « Une voix de coloratura longue, cristalline, aux aigus sans faille ; Une voix veloutée qui voltige avec aisance, caresse, puis s’épanouit dans des aigus étincelants ; Les notes dans sa gorge semblent comme autant de perles les plus pures, libérées d’un précieux écrin. » Chantal passera aussi à la télévision, à Aujourd’hui Madame, dans Paris Match.

Du charme, du tempérament et de la technique en plus de sa voix exceptionnelle, Chantal sait aussi ce qu’elle veut. « J’étais très libre et sans impresario ! Ils voulaient me faire chanter tout et n’importe quoi ! » Elle préfère le répertoire français et italien.

1988 – Concert du Bel Canto (William Thérond et René Michel à gauche sur la photo)

La cantatrice a eu la vie qu’elle avait rêvée, sans regret d’avoir eu certains choix personnels à faire sans lesquels elle aurait pu gravir d’autres sommets encore. Aujourd’hui elle enseigne à des élèves qui ont souhaité apprendre de sa technique et son expérience. Sa fierté est d’en avoir sorti déjà quelques perles comme Valentine Lemercier, Cécilia Arbel, Benedicte Roussenq, Lovenah L’Huillier. Jean-Baptiste Coin, Sophie Albert, Claire Lairy et Maria Joâo Gomez. Même si l’art lyrique trouve aujourd’hui difficilement sa place dans la société, Chantal reste convaincue qu’il a un bel avenir.