Elus, manadiers et acteurs de la bouvine se sont retrouvés à la manade Saint-Pierre du Cailar le 13 décembre autour du bilan de l’action manades je vous aimeuuuh ! initiée par le Pôle d’équilibre territorial et rural, PETR, des cinq communautés de communes Pays de Sommières, Rhôny Vistre Vidourle, Petite Camargue, Terre de Camargue et Pays de Lunel. Son président Pierre Martinez a présenté la démarche à l’objectif double, donner une visibilité aux traditions camarguaises et apporter un soutien financier aux manades.  Vingt-deux manades ont participé avec les 83 000 euros grâce aux fonds européens. Plus de quatre mille participants à ces journées en manade qui se sont étalées sur six mois.

Après son bilan positif, la passion est vite montée. Les porte-paroles de cette manifestation ont tour à tour évoqué l’avenir de ces traditions et le dur métier de manadier. Pas moins de douze manades sur le territoire de Petite Camargue. Pour le président de la communauté de communes André Brundu, en plus des objectifs initiaux, les journées en pays ont permis de mieux faire connaitre leur vie et leur travail, notamment grâce aux explications pédagogiques d’Anelyse Chevalier et Jean-Marie Espuche. Présents pour ce bilan, ils ont confirmé l’intérêt de la manifestation qui a attiré un public différent, plus large et montré la nécessité de mieux communiquer sur les traditions camarguaises noyées parfois dans les clichés de la Camargue ou le marketing pour le littoral.

Des manadiers fatigués moralement

Un coup de gueule a été remarqué, celui du manadier André Vitou venu représenter la Fédération des manadiers. « Notre profession est difficile et prise en otage par les assurances. C’est moralement épuisant. Nous sommes sur le fil du rasoir avec en plus une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. » Il a évoqué le manque de reconnaissance du métier de manadier, sa contribution à l’économie locale et à l’écosystème ; la nécessité de faire remonter la question de la responsabilité des manifestations de rue au niveau national. « L’action nous a fait un bien moral et financier. Elle a permis de mettre un focus sur notre travail. Nous sommes des terriens, on a les pieds sur terre et on travaille toute l’année par tous les temps ! » a conclu le manadier.

Tous se sont accordés sur les bienfaits de l’action du Petr qui a mis un peu de baume sur la souffrance des manades. D’autres fonds seront cherchés pour d’autres actions car l’Europe ne peut financer deux fois le même projet. Les réflexions vont se poursuivre et les combats pour sauvegarder les traditions camarguaises.

Une protection grâce à la démarche d’inscription au patrimoine immatériel de l’Unesco ?

Anelyse Chevalier a fait le point sur la démarche qui élargit la vision des traditions camarguaises pour permettre leur reconnaissance. Un long travail de terrain sur les pratiques et savoir-faire des gens de bouvine. Le taureau reste l’élément central, sous-jacent mais l’accent est mis sur les traditions, les coutumes, la culture. « L’âme de la Camargue » dans les trois départements taurins. Un label qui demandera encore plusieurs années de travail mais contribuera sans doute à protéger ces traditions séculaires.