Jean-Pierre Isaïa n’est pas peu fier d’avoir enfin le livre entre les mains. Une belle édition format A4 avec jaquette de 500 pages donc près de la moitié consacrée à des photographies.
Nous sommes allés le rencontrer chez lui au Cailar pour recueillir ses impressions. Il était accompagné de notre collègue de Voir Plus Nathalie Vaucheret qui a réalisé le recueil et la transcription de ses mémoires.
Quand et comment vous est venue l’envie de faire ce récit ?
Jean-Pierre : J’ai passé 40 ans dans les arènes de Toulouse à Fréjus à vendre des cacahuètes dans les arènes et les stades. J’ai vu beaucoup de choses et croisé du monde. Je me suis toujours dit, « Jean-Pierre, il faut que tu écrives ton histoire ! » L’écrivain Michel Falguières m’a proposé de le faire. Après il est malheureusement décédé. J’ai rencontré Nathalie Vaucheret par le biais du Midi Libre et pensé qu’elle pourrait prendre le relai. Nous sommes repartis de zéro car je souhaitais que la personne qui ferait le livre ne sache rien au départ !
Nathalie : Effectivement, je ne connaissais pas Chouchou, je dois être la seule en Camargue ! Il valait peut-être mieux car j’aurais réfléchi à deux fois sinon… Je ne connaissais pas grand-chose non plus sur la bouvine. Le tout n’était pas simple mais cela a fonctionné.
Comment vous y êtes-vous pris ?
Jean-Pierre : Je n’avais aucunes notes mais tout dans la tête malgré mes 5 AVC ! Il a fallu le sortir et trier. Je sais calculer, ça oui mais écrire non ! Par contre, je ne voulais pas d’un livre littéraire ou poétique. Je voulais du vrai et du pragmatique. J’ai eu quelques censures !
Nathalie : J’ai tenu à respecter le personnage en gardant un style à son image, parfois un peu cru, direct, mais cela lui correspond. Il a réglé quelques comptes en passant d’ailleurs… J’ai dû faire des recherches historiques pour comprendre et vérifier les explications de Jean-Pierre, travailler avec un dictionnaire de patois et déchiffrer les noms propres ! Cela a duré plus de deux ans. Nous avons fait de nombreuses interviews et sommes allés un peu partout dans les arènes, le pays gardois et en Arles, à Béziers même.
Jean-Pierre : Je voulais qu’elle se rende compte par elle-même, c’est plus simple que d’expliquer. Et puis comme cela elle voyait que je ne raconte pas de blagues. En plus j’étais heureux de pouvoir renouer avec le milieu.
Quel est l’objectif de cet ouvrage ?
Ma famille est du Cailar, les Arnoux plus que les Isaïa, mais mon grand-père paternel y est né. Les liens avec les gens de la bouvine ont démarré avec lui car il était berger, puis mon père agriculteur a poursuivi. Cela m’a aidé à faire mon métier dans le milieu taurin. Moi je suis né en milieu de siècle, en plein, 1950. J’ai connu tout un tas de changements, dans la société, l’industrie et l’agriculture. J’ai souhaité laisser un témoignage de mon époque, du Cailar et de la passion des taureaux.
Qu’est-ce que le lecteur trouvera dans ce livre ?
J’ai souhaité avoir deux parties. La première avec les origines et ma vie jusqu’aux années 80 explique la suite. Tout est lié dans ce milieu mais il faut connaître les gens et les coutumes. La seconde partie est dédiée aux chouchous. Certains sauteront peut-être la première un peu longue et personnelle pourtant elle explique vraiment ma seconde vie avec chouchous et chapeaux.
Pourquoi ce titre ?
Nathalie : Les gens que l’on rencontrait lui donnaient des surnoms : gitan des arènes, Forest Gump, Coluche ou Père Noël des arènes, funambule de l’amphithéâtre, forain de la féria. J’ai beaucoup aimé le marchand de joie et je l’ai proposé à Jean-Pierre.
Et ce grand format ?
J’ai souhaité mettre beaucoup d’illustrations pour la mémoire et ce format s’y prêtait mieux. J’aime faire les choses en grand ! Pour trier les archives, j’ai travaillé avec Jasmine Lamoulie puis j’ai terminé la mise en page du livre et l’édition avec Kalian Lo.
Qu’est-ce qui vous a marqué dans cette aventure Nathalie ?
J’ai découvert le milieu de la tauromachie camarguaise et espagnole par la petite porte, les coulisses. C’était passionnant. Au premier plan il y avait l’histoire de Jean-Pierre, mais en arrière-plan toute l’histoire du Cailar, berceau de la bouvine. J’ai été impressionnée partout où nous sommes allés du bon accueil, des souvenirs et anecdotes partagés, du plaisir visible de revoir Chouchou qui manque à tous dans les arènes avec son slogan 2 paquets 2 euros.
Quel accueil reçoit le livre des premiers lecteurs ?
Jean-Pierre : J’ai remis des exemplaires aux personnes qui m’ont aidé pour ce livre et les retours sont bons. Ils sont même assez surpris que j’ai pu sortir un livre, et moi le premier ! Il intéresse bien sûr le monde de la bouvine mais peut aussi s’adresser à d’autres personnes qui souhaitent connaître nos traditions.
Nathalie : Les gens vont être surpris car ils ne connaissent souvent qu’une facette du personnage. Qui sait qu’il est allé en Chine et en Amérique Latine pendant des années, qu’il a fait du cirque, enseigné en école de commerce ou qu’il a été reçu chez Charles Aznavour…. ?
Le lancement du livre sera au Scamandre en hommage à Michel Falguières dans la salle qui porte son nom le vendredi 3 juillet en fin de journée avec une surprise et un accueil à la Chouchou, à ne pas manquer ! Jean-Pierre Isaïa se rendra ensuite à la Cocarde d’or à Arles puis à d’autres manifestations.
Le livre peut être commandé par téléphone. Le prix est de 35 euros. Contact 06.81.46.08.66



