Résumé :
Contexte et situation sanitaire
Entre fin 1629 et mi-janvier 1630, la peste frappe durement Vauvert. Aucune délibération n’est enregistrée pendant cette période, signe de la gravité de l’épidémie.
Débats et décisions face à la peste
Le 20 janvier 1630, les Consuls réunissent les 69 habitants valides pour proposer une évacuation de 40 jours. La majorité refuse de délibérer et décide de laisser chacun libre de rester ou de partir. Les Consuls protestent, craignant que ceux qui restent ne perpétuent la maladie.
La population de Vauvert sera estimée à environ 1 000 habitants en 1640, beaucoup avaient donc dû fuir le village pour tenter d’échapper à la peste.
Gestion des soins et des morts
Les chirurgiens Beaufourt et Lautiers, accusés de négligence, sont remplacés. Jacques Nauton, chargé des enterrements, meurt de la peste. Jean Viales, maître d’école, se propose pour soigner les pestiférés moyennant 150 livres par mois, plus des avantages en nature.
Tensions et mesures sociales
Des divisions apparaissent : certains veulent fuir, d’autres rester. Le bureau de santé, payé 105 livres par mois, est contesté. Des étrangers sans ressources affluent à Vauvert et reçoivent du blé. La désinfection des maisons est envisagée, mais nécessite l’évacuation. Intervention extérieure et évacuation forcée Le 10 février, les Consuls proposent à nouveau l’évacuation, sans succès. Ils sollicitent alors Louis de Montcalm, seigneur de Candiac, qui ordonne l’évacuation sous peine de sanctions. Le 4 mars, les habitants sont contraints de quitter la ville. Six refusent, mais le juge insiste et l’évacuation a finalement lieu, permettant la désinfection.
Conclusion
La peste à Vauvert en 1630 révèle les tensions sociales, les difficultés de gestion de crise, et l’importance des décisions collectives face à l’épidémie.
AD Hérault : 1 J 964 Communauté de Vauvert (Gard). 1630-1773
Pièce à l’appui de compte consulaire de Vauvert : quittance de 200 livres d’acompte payées à Jean Lautier et Jean Beaufour, chirurgiens d’Aimargues, pour avoir soigné la population pendant la peste. Le restant de leurs honoraires leur sera versé dès la fin de la quarantaine (1630).
L’histoire détaillée
Depuis les fin de 1629 jusqu’au milieu du mois de janvier, nous ne trouvons aucune délibération dans les registres. Il est à croire que dans ce laps de temps la maladie sévit avec le plus d’intensité.
Aussi, le 20 janvier 1630, les Consuls ayant fait assembler tous les habitants qui se trouvaient valides, soit dans le lieu, soit aux cabanes, au nombre de soixante-neuf, leur proposèrent, de nombreux cas de peste s’étant de nouveau déclarés, de sortir de Vauvert pour quarante jours. La majeure partie des habitants décida que liberté serait laissée de rester ou de sortir. ;
Les Consuls observèrent alors que voulant se loger à la campagne pour la sûreté de leurs personnes, ils allaient prier le juge de faire opiner tous les habitants, pour connaître leurs intentions, et terminèrent en protestant contre ceux qui resteraient, ce qui devait, ajoutaient-ils, entretenir la maladie. Les habitants refusèrent de délibérer sur cette proposition, et le juge donna acte aux Consuls de leur protestation.
Dans cette même séance furent examinés les mémoires des chirurgiens Beaufourt et « quy sestoient abandonnés pour panser les malades pendant ung mois et demy. »
Le Conseil, considérant que ces chirurgiens ne s’étaient pas bien acquittés de leurs fonctions et que beaucoup de plaintes avaient été portées contre eux, décida de ne pas leur payer le reste de leurs gages et de les remplacer par un ou deux autres chirurgiens. La même délibération nous apprend que le sieur Jacques Nauton « qui sestoit abandonné pour enterrer les morts » est décédé « despuis quelques jours… » et qu’il serait nécessaire de trouver une autre personne pour remplir cette pénible charge.
A la suite des grands ravages de la peste, des divisions ne tardèrent pas à s’introduire parmi les habitants. Les uns voulaient quitter la ville, les autres y rester. C’est ce qui ressort du conflit qui survint à propos de la garde. Le bureau de santé, composé alors de dix membres, vit ses pouvoirs continués dans la séance du 20 janvier. Plusieurs habitants s’y opposèrent, et Pierre Guigou notamment fit observer que la communauté payait aux membres du bureau de santé 105 livres par mois, et qu’il avait offert de se charger de la garde pour 72 livres. D’autres habitants, ayant à leur tête Jean de Burgata, lieutenant de viguier, protestèrent de ne payer aucuns frais de la dite garde si l’on n’évacuait pas le lieu et jusques à ce que la santé y soit bonne. Cependant les Consuls ne trouvaient personne pour soigner les pestiférés.

Le sieur Jean Viales, maître d’école, offrit alors de se dévouer à cette pénible tâche. Un contrat passé le 30 janvier, entre lui et les Consuls, stipulait que ce chirurgien traiterait et panserait tous les pestiférés, pendant un mois, aux gages de 150 livres, à condition de fournir à ses frais et dépens toutes les drogues et tous les emplâtres nécessaires.
Il était en outre convenu que la communauté réserverait une cabane pour son habitation, lui donnerait une tiercerolle de bon vin, et, lorsque la maladie aurait cessé, cinquante livres pour sa quarantaine; mais, si à l’expiration du contrat, la peste était encore dans la ville, le sieur Viales devait continuer ses bons soins aux malades, aux mêmes conditions.
La peste sévissait alors dans tous les environs.
Plusieurs étrangers se réfugièrent dans Vauvert, et comme la plupart étaient sans ressources, le bureau de santé leur fit distribuer du blé à divers intervalles, jusqu’à concurrence de cinq salmées. Cette distribution fut approuvée en Conseil général. Au commencement de février, les Consuls voulurent procéder à la désinfection des maisons ; mais celte mesure ne pouvait avoir un bon résultat qu’autant que les habitants se retireraient à la campagne. Le 10 de ce même mois, la proposition leur en fut faite, le long du chemin de Saint-Gilles où ils s’étaient assemblés, mais, comme précédemment chacun eut pleine liberté sur ce point.

Pour vaincre l’obstination des habitants, les Consuls sollicitèrent l’appui de Louis de Montcalm, seigneur de Candiac et conseiller du Roi en la Chambre de l’Édit de Béziers.
Ce seigneur, sous prétexte de remplir sa mission et afin d’avoir par la suite plus d’ouvriers pour travailler à la démolition des fortifications de Nîmes dont il avait la surveillance, rendit une ordonnance par laquelle il enjoignait aux habitants de Vauvert « de sortir du lieu pour le désinfecter de la contagion qui y est et de se loger à la campagne ou seront faites des cabanes pour « ceulx quy seront vrayment pauvres, aux despans de la communauté… »
Les habitants s’étant réunis le 4 mars dans la Condamine du seigneur, les Consuls leur donnèrent communication de cette ordonnance, et le juge Jean de Cotelier leur enjoignit de quitter le lieu, du 4 au 10 mars, et de se loger à la campagne, à la distance de mille pas de l’enclos de Vauvert ; les Consuls furent chargés de dresser une liste de tous les contrevenants qui devaient être punis comme rebelles aux ordres du roi.
Six habitants répondirent à cette injonction qu’ils ne quitteraient pas le lieu, sans connaître l’avis des médecins.
Le juge renouvela alors l’ordre d’obéir à l’ordonnance du sieur de Candiac, et s’adressant au régent Vallète, dans la maison duquel la peste venait de se déclarer, ainsi qu’aux principaux habitants, il les pria de donner le bon exemple.
La ville fut évacuée aussitôt après.
Cette mesure permit aux Consuls d’opérer la désinfection. Par contrat passé, le 23 mars 1630, avec Mathieu Bansilion, licencié en médecine, ce dernier s’engageait à désinfecter le village.

