Il a grandi dans la banlieue parisienne en cité. Les rues et les couloirs du métro il les a arpentés, en roller, en musique puis bombe à la main. Le graffeur Bando devenu une star est une idole pour les jeunes. « J’ai grandi avec ses images dans la tête » raconte teddy, « on prenait du cirage qui s’effaçait difficilement pour taguer ! » Un autre graffeur Mode 2, qui a lancé la fresque hip hop, sera un peu comme son grand-frère. Teddy s’engage dans la légion étrangère à 18 ans, pendant quinze ans. « Cela me changeait de la grisaille parisienne, les couleurs du sud. » Il découvre les traditions avec leurs manifestations de rue, qui réveillent son appétif créatif. De petits boulots en petits boulots après la période militaire, il a l’impression d’étouffer. Il quitte la région puis y revient et récemment se remet à la peinture, un besoin de s’exprimer à nouveau. Le classique le lasse rapidement et Teddy se tourne vers la calligraphie ancienne, une réminiscence des tags, puis c’est la tauromachie qui l’inspire, le mouvement, les couleurs. « J’allais à des expos et je trouvais les représentations taurines figées » explique l’artiste, « j’ai eu envie de leur donner une touche urbaine. » Il l’appellera le « street art Camargue », un mélange de de pop art de banlieue et de culture régionale.

Photo © Nathalie Vaucheret

Sa première toile sera sur Léa Vicente, un défi pour honorer une « grande dame ». Teddy apporte sa touche très personnelle en remplaçant le cheval par une autruche, son côté provocateur. « Certains m’ont dit que c’était une insulte, par contre les jeunes de la cité à Vauvert ont été attirés et ont découvert la culture sous une autre image. » Teddy était gardien la nuit à la piscine, il peignait et les jeunes venaient le regarder puis allait sur internet voir qui était Léa. L’artiste se dit alors que le mélange de culture pouvait attirer différentes générations, bousculer les traditions pour les dépoussiérer. « Tout le monde s’y retrouve, entre tradition et dérision. »

Sa peinture est spontanée, Teddy ne sait jamais à l’avance ce qu’il va faire et travaille sur plusieurs tableaux en même temps, suit son intuition. Léa est devenue un peu sa muse ; il aime peindre les femmes et a fait le portrait de la Reine d’Arles. « J’ai continué en me disant ça passe ou ça casse. Je me moque du qu’en-dira-t-on. » Et c’est bien passé pour Teddy D. Il a exposé avec succès à Lunel puis à Vauvert à la présentation de la saison taurine. Il est en recherche désormais de lieux atypiques pour de grands formats, en extérieur, sur des quais, sous des arches, dans des arènes.

La peinture est un challenge pour Teddy qui évoque son grand-père qui était champion du monde lutte. « J’ai repris son flambeau d’une certaine manière, je fais faire du street workout et aide les petits à s’entrainer en ville à l’espace de musculation en plein air. » Il suit leurs progrès, la confiance qu’ils prennent en eux. « J’aime ces mélanges de genres, de cultures, d’âges. On rencontre tout cela dans le parc. C’est un autre monde, sans carcan. Quand il n’y a pas de barrière, on vit avec son cœur. »

Nathalie Vaucheret