Le bâtiment ressemble bien à une vraie gare mais c’était la résidence du garde-barrière. On devait y faire quelques opérations simples (vente de billets pour la ligne). On voit bien qu’il n’y a pas de voie d’évitement.  Il y a cependant une pendule réglementaire et la cloche sur la gauche servait d’annonce des trains pour la fermeture du passage à niveau.” Luc Massol, retraité SNCF

Cette Torpedo n’est pas là par hasard, Mr Félix Pallez de Marseille assez fortuné pour avoir une voiture décapotable à l’époque avait sa résidence secondaire à Franquevaux au domaine Beaubois ! Et ce jour là, on peut penser qu’il était venu attendre des amis de Marseille, qui devaient arriver par le train pour séjourner à la campagne quelques temps.” Pierre Boyer

Historique de la Ligne

Le 11 juin 1863 , le projet de la ligne Arles Lunel est concédé à la Compagnie du PLM (Paris-Lyon-Méditerranée) de Paulin Talabot. Une réalisation audacieuse qui devait permettre le transport de voyageurs et de marchandises en assurant la liaison entre Montpellier et Marseille via Arles. Le tronçon de 44,9 km fut inauguré le 27 janvier 1868, il desservait les gares et haltes de Arles, Trinquetaille, Saint Gilles, Franquevaux au km 28, Gallician , Le Cailar, Aimargues, Marsillargues et Lunel.

Un ligne ferroviaire dont l’histoire ne fut pas un long fleuve tranquille, dès 1938 le trafic voyageur a été supprimé ne laissant subsister que le transport de marchandises. En 1950 la SNCF supprime le tronçon Lunel- Aimargues, en 2004 la portion St Gilles-Trinquetaille disparaît et en 2006 St Gilles- le Cailar.

Pierre Boyer, viticulteur à la retraite et mémoire du hameau témoigne et avec lui tout un monde revit.

Franquevaux a été desservi dès 1868, ce qui a du rendre jaloux à l’époque les habitants de Beauvoisin , Générac et Vauvert qui ne virent passer les trains de la ligne Nîmes-Aigues-Mortes que 7 ans plus tard. La gare de Franquevaux avait un logement qui était le logement de fonction pour le préposé garde-barrières qui faisait fonction de gardien de station en uniforme. Il délivrait les tickets de transport aux voyageurs, réceptionnait et expédiait les colis et notamment des tonneaux de 50 l de vin d’un vigneron du hameau. Dès le début, les journaux arrivés très tôt le matin, étaient distribués avant midi. Ma belle-mère se souvient que le matin avant l’heure de rentrée à l’école, elle allait chercher le colis des quotidiens dans une petite remorque, ses parents faisaient la distribution. Trois navettes dans la journée permettaient aux habitants d’aller faire leurs courses à St Gilles entre deux trains. Une correspondance avec le petit train de la Camargue était possible pour Nîmes ou les Saintes-Maries. Une autre particularité de la gare , les horaires des navettes permettaient aux Arlésiens de venir grappiller, après les vendanges les raisins oubliés, c’était une vieille tradition pour la ville d’Arles de grappiller et faire sa buvette pour l’année. Le raisin des Costières d’un degré de maturité élevé permettait une meilleure conservation du vin. C’était une attraction que d’aller voir ces grappilleurs, embarquer leurs raisins à pleines corbeilles. Après-guerre, en 1946 la fonction de garde barrières étant devenue caduque, avec l’installation de barrières automatiques, la gare fut loué a des particuliers. Après leur départ, les bâtiments qui gênaient la visibilité pour la circulation des véhicules furent démolis dans les années 1975.”

Plaque de la gare de Franquevaux
Monique Christol, Pierre Boyer et la plaque de la gare de Franquevaux retrouvée.


La plaque de gare de Franquevaux.

“Les traces du passé prennent un sens nouveau lorsqu’elles deviennent Mémoire”, elles peuvent être perceptibles et concrètes en prenant appui sur un objet comme une plaque de gare émaillée.

Pierre Boyer a retrouvé cette plaque dans ce hameau des souvenances. ” Nous avons su par un retraité de la SNCF , Luc Massol, ancien chef de gare, en visite à Franquevaux il y a quelques années, avoir eu la surprise de découvrir la plaque de gare dans les forges Redon. Cela a été le point de départ , en se renseignant auprès des forges, Mme Redon s’est souvenu que le garde-Champêtre Mr Martin, lors de la démolition de la gare en 1975, avait récupéré le panneau. Lors de son départ à la retraite Mr Martin, se doutant de la valeur de ce témoignage du passé l’a proposé aux forges Redon. Cette plaque est toujours dans l’atelier et règne dans ce lieu qui raconte aussi à sa façon l’histoire du hameau …”

La plaque est sortie , l’instant d’une photo souvenir avec Monique Christol, élue à Franquevaux, et Pierre Boyer.

Des “retrouvances” pour Monique christol qui lui ont rappelé quelques souvenirs d’enfance ” J’avais 8 ans et à l’époque il n’y avait pas autant de monde et de voitures dans le hameau, notre plaisir était de faire le tour de Franquevaux en vélo et lorsque nos parents nous autorisaient avec de grandes recommandations, d’aller jusqu’à la gare qui est assez loin,c’était une joie et un plaisir terrible de faire cette ballade et de revenir en roue libre, du bonheur…”

Je remercie Pierre Boyer qui par son travail sur l’histoire et ses souvenirs fait revivre la mémoire collective de son hameau, ils sont quelques un(e)s sur la commune de Beauvoisin à faire perdurer ce patrimoine immatériel, des petites histoires derrière l’histoire. Merci à Monique Christol passionnée par et pour Franquevaux et merci à Luc Massol qui m’a mis sur la voie.