La Camargue est connue pour sa luminosité et ses débauches de couleurs. Le Flamant à lui seul symbolise cette particularité par une palette de roses extravagante. Les végétaux eux aussi participent à cette débauche de couleurs. Les iris des marais soulignent de leur jaune éclatant les bordures des canaux et roubines. D’autres plantes apportent leur touche personnelle comme la saladelle, l’orchis des marais ou les salicornes qui rougissent à l’automne.

D’autres moments beaucoup plus rare en nos contrée, réduisent le paysage à une gamme de gris au contours incertains. La brume ne s’éternise pas en Camargue. Ces moments fugitifs montrent des paysages vaporeux, diffus, nostalgiques comme les vieilles photos en noir et blanc. C’est le moment de se concentrer sur les mouvements et les sons pour déceler de la vie. Seuls les taureaux et les chevaux camarguais gardent les couleurs qu’on leur connaît habituellement. Pour le reste il faut laisser son regard se perdre et puis, soudain, dans se flou artistique, une tâche blanche anime le marais. C’est une aigrette qui cherche sa pitance. Plus loin un groupe d’échassiers dandinent leur long cou. Ce sont des flamants que l’enveloppe brumeuse a réduit a des tâches blanches rehaussées de gris. Si le brouillard réduit la visibilité et la perception des couleurs, il rend par contre les choses que l’on croit connaître mystérieuses. L’immensité du ciel a disparu, avec tous nos repères géographiques. La brume nous invite à changer notre manière de percevoir, à regarder des détails qui étaient insignifiant lorsque le soleil les illuminait. Un des meilleurs exemples est illustré par les myriades de gouttelettes d’eau qui parent les tamaris ou qui révèlent la géométrie des toiles d’araignées. En Camargue la brume n’est pas un sale temps, c’est une intimité retrouvée avec les paysages. C’est une parenthèse dans son extravagance habituelle.