Elle est depuis vingt ans dans la région mais ne se lasse pas des toutes les couleurs qu’elle offre. « Je viens de Silésie en Pologne, un pays minier, tout était noir, gris et triste dans mon enfance. En hiver, tout était blanc couvert de neige, on rêvait. » Les montagnes blanches de sel d’Aigues Mortes l’ont replongée dans ses rêves. Elle a su que c’est là qu’elle devait rester. De son pays natal, elle garde aussi son nom, Anna Baranek, « cela veut dire petit mouton ! » s’amuse l’artiste qui l’a gardé pour signer ses tableaux. Du Château c’est son nom de femme mariée elle y tient aussi, il reflète son histoire de polonaise émigrée en France.

La couleur ressort de ses grands tableaux. « J’aime les grands formats, c’est mon défaut ! » avoue l’artiste, « ils ne sont pas très commerciaux, trop imposants, mais pour moi ils sont comme une tapisserie de château, apportent la chaleur dans une pièce. » Elle a observé l’Étang de L’Or matin et soir pendant un an, restant timide et humble face à cette grande beauté. « Il faut prendre la beauté au sérieux » dit-elle elle-même empreinte de gravité. Elle la contemple, capte les émotions pour en ressortir sa vision. Chaque artiste a selon elle une relation alchimique avec l’environnement, une source inépuisable pour progresser. « Je ne peins pas de suite face à la nature, je l’imprime dans ma mémoire comme une poésie. » On peut y passer sa vie à regarder pêche, filets, cabanes, barques, reflets dans l’eau, la profondeur… et les oiseaux, des êtres fragiles avec en même une force incroyable et toujours la mémoire de leur nid. Ils ont une grande présence dans mes œuvres, réels ou imaginaires.

Une richesse inépuisable qui s’exprime dans l’exposition « Promenade ». Anna a construit son parcours pour créer un dialogue entre les tableaux, inviter les visiteurs à pénétrer dans son univers. « Je souhaite le partager. » Le vernissage a eu lieu le 24 septembre par petits groupes, des visites commentées, mais pas trop. « Il faut découvrir la promenade d’abord, avoir son propre ressenti, puis on en échange, pour voir si le message est passé. »

Anna Baranek donne des cours au centre culturel Robert Gourdon de Vauvert aux enfants depuis trois ans. Elle aime ses échanges. « Je ne suis pas un peintre enfermé dans l’atelier, j’ai besoin du contact. » Elle a fait de nombreux parcours dans les écoles primaires et maternelles. « J’aime l’innocence, la générosité des enfants. » Un travail avant tout d’observation qui approfondit leur vision du monde. Ils observent rapidement selon l’artiste et voient le monde à travers des symboles qu’il faut parfois expliquer. L’œil est un instrument et l’artiste donne le mode d’emploi, la technique. Pour les adultes qui débutent, c’est la même chose, il faut rassurer, encourager, tout en douceur mais aussi en discipline. L’art aussi est sérieux.

Exposition à l’espace Jean Jaurès jusqu’au 24 octobre