« Un honneur, un grand plaisir mais aussi une responsabilité », c’est par ses mots qu’Annelyse Chevalier a accueilli sa nomination en qualité de Majorale du Félibrige (felibre-majourau).
À l’occasion de la Santo-Estelo, le congrès-festival annuel du Félibrige, qui s’est déroulé le 18 septembre dernier à Mende, elle a été élue par ses pairs, les 50 « félibres majoraux » qui constituent le consistoire.

Nouminacioun
Lou Counsistòri dóu Felibrige, acampa en vilo de Mende lou 18 de setèmbre 2021 souto la presidènci dóu Capoulié En Jaque Mouttet, a elegi felibre-majourau – titulàri de la Cigalo de la Jano, o de Mussidan – la felibresso Anoliso Chevalier.

Annelyse Chevalier reçoit le diplôme de Majorale des mains du Capoulié, Jacques Mouttet

Sauvegarder et promouvoir la Langue d’Oc

Le Félibrige est une association qui œuvre dans un but de sauvegarde et de promotion de la langue, de la culture et de tout ce qui constitue l’identité des pays de langue d’oc. Il a été fondé en 1854 par sept jeunes poètes provençaux : Frédéric Mistral, Joseph Roumanille, Théodore Aubanel, Jean Brunet, Paul Giéra, Anselme Mathieu et Alphonse Tavan. 

Chaque année, lors du congrès qui dure 4 jours dans une ville différente du sud de la France, le consistoire se réunit pour attribuer les cigales vacantes (les cigales dites veuves dans l’attente de l’élection d’un nouveau titulaire). C’est un fonctionnement académique, c’est comme les fauteuils à l’académie française. On est élu à vie, on ne cède sa cigale – la cigale d’or – qui est le symbole des majoraux qu’à sa mort. Le consistoire du Félibrige qui est le garant de son esprit, de sa philosophie, de ses valeurs, qui prend les décisions importantes, regroupe 50 membres majoraux dont le Capoulié (le chef). Frédéric Mistral a été le premier Capoulié du Félibrige et unique prix Nobel de Littérature en langue régionale.

Le Félibrige est découpé en six maintenances (une entité dans laquelle une langue ou un dialecte est parlé). Dans tout le sud de la France, le parlé historique, la langue d’oc – ou occitan – est divisé en dialectes, le provençal, le languedocien, le catalan, le béarnais, le gascon, le limousin, l’aquitaine. En Languedoc-Roussillon, on parle le languedocien. Plus proche du Rhône, comme à Vauvert, on parle plutôt le provençal mistralien.

Chaque maintenance comprend des sous-syndicats qui correspondent aux départements avec à leur tête un responsable (sendi). Comme la Camargue est une entité géographique et culturelle à cheval sur deux départements, les Bouches-du-Rhône et le Gard, un nouveau sous-syndicat (souto syndicat Camargue) a été créé et Annelyse Chevalier en a pris la responsabilité.

Amoureuse de la culture provençale et de la Camargue

Originaire de Graveson, en Provence, Annelyse Chevalier est née dans une famille qui lui a transmis son amour de la lengo nostro et de la culture provençale, de la nature et des traditions. Passionnée par la Camargue, son milieu naturel, sa faune, sa flore, la bouvine, elle s’implique pleinement à travers diverses activités en lien avec ce territoire : guide naturaliste, gardian amateur, chroniqueur taurin, professeur de provençal, tambourinaire… et également écrivaine. Elle est l’auteur de deux ouvrages Les gardians de Camargue et Le bois des Rièges : Cœur de la Camargue, entre mythe et réalité, récits de gardians, manadiers, pêcheurs et autres camarguais.

Actuellement chargée de mission à la communication et au patrimoine culturel aux Saintes-Maries-de-la-Mer, Annelyse Chevalier qui demeure à Gallician continue de s’investir dans l’association Sian d’Aqui où elle donne ses cours de provençal.

Quand on adhère au Félibrige pour défendre la langue et la culture d’oc on est nommé mainteneur (mantenèire).
Les Félibres sont regroupés dans des écoles. Nous, à Vauvert, on a Sian d’Aqui qui est escolo félibréenne. Faire des propositions et mener des actions pour promouvoir la langue et la culture d’oc et les écoles félibréennes, c’est un peu le ciment de tout ça. Je viens de créer une école aux Saintes-Maries.

Le provençal (la langue de Mistral) est le fer de lance mais le félibrige défend toutes les langues et les dialectes du midi de la France.
Un groupe de travail qui s’appelle le groupe de travail de l’écrit mistralien revoit tous les nouveaux mots qui rentrent dans le dictionnaire – et il y en a beaucoup – revoit les graphies. Il y a plein de mots qui n’existaient pas au temps de Mistral.

Il y a aussi des dossiers sur la défense de la langue dans l’enseignement, le développement de la signalétique bilingue. Puis après, il y a la promotion de la langue à travers plusieurs moyens médias ; le théâtre, la musique, la poésie, la littérature, bien sûr, puisque c’est le point de départ. Mistral était un écrivain et un poète, il a fondé le félibrige avec des poètes. Maintenant, il y a le cinéma, la télévision.
Personnellement, je fais un travail depuis plusieurs années sur le vocabulaire de la course camarguaise, de la bouvine, qui est directement lié avec la langue d’oc.

Majorale du Félibrige, c’est une belle reconnaissance de ce que j’ai fait mais pour moi, c’est plus un signe d’encouragement à continuer à bosser qu’une récompense.

Le Capoulié du Félibrige, Jacques Mouttet, la Reine du Félibrige, Adeline Bascaules-Bedin, Guillaume Chevalier et les Provençales, devant la Coupo Santo

Guillaume Chevalier, promu

Chaque année pour la Santo Estelo, les jeunes du Felibrige se rassemblent. C’est un moment d’échanges entre les jeunes de tous les pays d’Oc. Le 18 septembre à l’occasion du congrès de Mende Guillaume Chevalier a été nommé responsable de l’Assemblée des Jeunes du Félibrige.