Dimanche 15 Janvier, au centre de la Garenne de Beauvoisin, Françoise Gibon, historienne, nous a replongé quelques 272 ans en arrière… au temps où Louis XV, âgé de 40 ans à l’époque, batifolait gaiement avec la Pompadour pendant que le peuple français était quant à lui, passablement mécontent de ses conditions d’existence…

Bref, il fut facile au public largement présent, de faire ce prodigieux bond en arrière !

A cette époque-là, les protestants vivent une période plus ou moins calme qu’on peut qualifier de  « tolérance relative » puisque, à la condition de ne pas contredire ou médire sur le catholicisme, les huguenots peuvent, discrètement (c’est-à-dire, au sein de leur foyer), pratiquer leur religion. Ils n’ont cependant le droit d’accéder à l’état civil qu’à condition d’avoir reçu un baptême catholique.

Les huguenots sont alors très largement représentés à Beauvoisin puisqu’en 1803, près de 90 % de la population est protestante (1023 pour 126 catholiques).

Le représentant du roi en Languedoc est l’intendant Jean Lenain d’Aspères et le médiateur de Monsieur Lenain, Monsieur Tempié.

Au milieu de ces protestants beauvoisinois, trône l’abbaye cistercienne de Franquevaux qui a acquis sa renommée en 1347, lors de l’épidémie de Peste Noire, en acceptant d’accueillir en quarantaine les pestiférés du diocèse nîmois qui, ainsi confinés, permirent à l’épidémie de s’éteindre.

A cette époque donc, alors que la commune a un visage bien différent de celui d’aujourd’hui puisque les vignes y sont minoritaires et que les landes et la garrigue représentent la majorité du paysage beauvoisinois, les femmes ont coutume de cueillir les graines de Kermes Vermillon qui permettent de donner une belle couleur rouge aux tissus manufacturés au village.

Le 26 mai 1750, 12 femmes huguenotes de Beauvoisin se trouvent empêchées par Antoine Begiot, neveu (enfin, c’est ce que dit le Prieur…) du Prieur de l’Abbaye et ses gardes-chasses, dans leur activité de cueillette du Vermillon. Elles seront retenues à l’Abbaye, dépouillées de leur cueillette et de certains de leurs vêtements, humiliées et molestées.

Ces femmes ont pourtant la loi pour elle, car l’Ordonnance du 6 mars 1944 « interdisait  d’interdire » la cueillette du Kermes Vermillon, à condition de ne pas détruire les nids de perdrix.

Elles porteront plainte contre le moine Begiot qui, pour sa défense, dira qu’elles étaient plus de 200 femmes menaçantes et qu’il a été obligé d’en rudoyer une qui d’ailleurs, n’a pas eu mal, afin de soumettre les autres. Il affirmera aussi ne pas avoir eu connaissance de cette Ordonnance et avoir voulu protéger les perdrix. (le braconnage était à l’époque punissable de la peine de mort)

Cette plainte sera comme on dit aujourd’hui, classée sans suite par l’intendant du roi, M. LENAIN qui, en signe d’apaisement et conformément aux prérogatives de son médiateur, M. TEMPIE, demandera au moine de restituer les effets aux 12 femmes et prendra acte de sa méconnaissance de l’Ordonnance du Roi.

Ce n’est qu’en 1787 que l’Edit de Tolérance (Edit de Versaille) redonnera aux protestants l’accès à l’état civil.

Plus tard, en 1860, le Kermes Vermillon disparaissant peu à peu de nos campagnes, sera remplacé par la cochenille mexicaine, plus facile à multiplier et à ramasser.

A cette époque-là, l’homme étant souvent au dehors du foyer pour ses activités agricoles, pastorales ou autres, c’est la femme qui était souvent à l’origine des rebellions, des insurrections ou des révolutions.

Cette histoire dans l’histoire, parsemée d’anecdotes et de documents d’époque, a largement raisonné dans le public puisque ces femmes sont les ancêtres de Beauvoisinois et leurs noms sont bien familiers : Amphoux, Giran, Courtin, etc… de quoi interpeler un auditoire captivé.

Mme Gibon a été largement relayée dans ses recherches par d’autres femmes :

C’est en effet par le hasard d’une visite gastronomique aux « Aubades » de Beauvoisin, après s’être rendue à Franquevaux pour prendre des renseignements sur l’Abbaye, que Mme Gibon s’ouvrira de son travail à Marikèle, patronne du restaurant.

Marikèle lui parle alors de la maison dans laquelle elle se trouve : la maison « Courtin »… tiens, tiens ! de sa tante, Yolaine Garnaud (encore une Courtin !) et de son amie Catherine Nègre, passionnée de généalogie.

C’est ainsi que d’une femme à l’autre, d’un travail de généalogie à un travail de recherches historiques en passant par un travail d’illustration, le mémoire de Mme Gibon a été terminé et cette conférence organisée !

Une boucle est bouclée !