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Le lavoir de Beauvoisin en 1911

PROJET D’UN LAVOIR A CONSTRUIRE A BEAUVOISIN EN 1835

Dés 1835 , le conseil municipal de Beauvoisin posait les premières pierres d’un projet visionnaire : la construction d’un lavoir public. Ce projet initial , qui n’a pas vu le jour, répondait à un besoin d’hygiène et d’aménagement urbain du XIXe siècle.

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Un emplacement gravé dans la mémoire du village

Le silence des archives : Alors que le premiers projet de 1835 laissaient des traces administratives, ce second bâtiment s’est matérialisé vers la fin du XIXe siècle, les archives municipales gardant le silence sur sa construction exacte.

Ce bâtiment — aujourd’hui devenu privé — se dresse précisément à l’angle de la rue de la Carrierasse et de la route de Vauvert, juste en face de l’ancienne bascule du village.

document daté du 17 janvier 1907, « Réglement des services de la bascule communale et des lavoirs , mis en adjudication « 



Au rythme des lavandières et de la mémoire

Prolongeant notre page d’histoire, ce second volet revisité, vous invite à franchir la porte du lavoir grâce grâce aux souvenirs de Nicole Aubat, petite fille de Georgette Soustelle, lavandière à Beauvoisin, au début des années 1950.

« Ma grand-mère s’appelait Georgette Soustelle, née Vidal.

Elle est née en 1901 à Narbonne. Puis toute sa fratrie traversa la région pour s’installer ici, à Beauvoisin. C’est dans ce village qu’elle rencontre Alphonse Soustelle,mon grand-père. Ils avaient vingt-et-un ans lorsqu’ils se marient en 1922. Six ans plus tard naissait ma mère, Janine, leur fille unique.

Puis la guerre, Alphonse en revint brisé, rongé par la tuberculose. Il meurt en 1950, il avait quarante-neuf ans.

Du jour au lendemain, ma grand-mère se retrouva veuve. Pas de pension. Pas d’allocations. Rien. Pour survivre, il fallait travailler dur, alors elle devint lavandière pour quelques familles du village, comme la famille Roux.

Le rituel du lundi

Le lundi restait un jour sacré, dès le matin, ma grand-mère descendait au lavoir en poussant sa lourde brouette de bois bardée de fer, dont la roue métallique résonnait bruyamment sur la chaussée, brisant le silence de la rue. À l’intérieur, la grande corbeille débordait de linge sale, flanquée d’un battoir en bois et d’une énorme pierre de savon de Marseille d’un kilo.

Ce savon était ultra sec. On en achetait plusieurs blocs qu’on laissait durcir un mois ou deux dans un coin. Un savon tendre fond trop vite, il fallait économiser chaque centime.

Une fois au lavoir, la priorité absolue était d’allumer le feu. Dans le maset jouxtant les bassins, une grande marmite de soixante litres n’attendait que l’eau froide et les sarments de vigne. Le foyer crépitait. Ma grand-mère remontait à la maison, puis descendait une fois ou deux dans la matinée pour alimenter les flammes afin que l’eau soit brûlante vers treize heures.

Parfois, des voix s’élevaient…

Souvent, Les premières arrivées se servaient de l’eau chaude préparée par d’autres. Des anicroches qui se réglaient sans animosité.

Chacune regagnait ensuite son bassin attitré, astiqué au préalable à la brosse en chiendent pour décaper les traces blanches laissées par la lessive précédente.

Pas de garderie à l’époque. Alors j’accompagnais ma grand-mère, elle m’installait et avec les manches d’une vieille chemise d’homme, elle me bricolait un tablier de fortune, me tendait une chausette sale en laine, un bout de savon, et je frottais à ses côtés pour ne pas voir le temps passer.

Le bruit des battoirs frappant les tissus détrempés se mêlait au caquetage des femmes. On colportait des commérages usés, d’anciennes histoires, d’infortunes conjugales, lavant le linge autant que les secrets du village. Pendant des heures, ma grand-mère frottait les chemises, les draps, et surtout les pantalons lourds et les chaussettes incrustées de terre. On étendait tout sur les fils au grand air. Le soir venu, quand le soleil reprenait sa chaleur, nous retournions chercher le linge enfin sec.

C’était cela notre vie à cette époque , mes souvenirs. » Nicole Aubat




animation carte postale IA

La fin d’une époque

L’histoire des lavoirs s’achève au milieu du XXe siècle. Avec l’arrivée de l’eau courante dans les foyers, la démocratisation des machines à laver dans les années 1950-1960 et l’évolution du mode de vie, ces bassins ont progressivement été désertés.

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