C’est en septembre 1989 qu’Alain Fougairolles, dit « Ratou » (un surnom donné par un collègue de Beauvoisin, Roger Bécat) a acheté 10 taureaux et trois hectares de terres jouxtant le hameau de Franquevaux, chemin de la Palusette, à un médecin-kinésithérapeute de Lyon. Ça va faire trente ans. Que de chemin parcouru depuis. Au prix d’un labeur intense, ne comptant ni son temps, ni ses heures, avec l’aide de dix à quinze gardians amateurs, il a pu créer et développer une manade qui compte aujourd’hui 90 bêtes en pâture sur une soixantaine d’hectares. Il a surmonté bien des embûches, des inondations en 2003 qui ont complètement endommagé sa laupio, un gros incendie en 2011 qui a détruit à nouveau ses installations. Même dans les moments de doute, il n’a jamais baissé les bras. En trente ans, il a connu aussi beaucoup de joies et de satisfactions qui lui ont permis de vivre sa passion au plus près de la nature, des taureaux et des chevaux.

Afin de marquer cette étape symbolique, Alain Fougairolles, sa fille Carla, les fidèles amateurs Yanto Moerman « le Hollandais » et Francis Bouville « le Calaisien », ont organisé un temps de rencontre convivial avec les amis de la manade et les élus de Beauvoisin-Franquevaux. L’occasion d’évoquer l’histoire de la manade, les projets et perspectives d’avenir.

Mon frère (Bernard Fougairolles) et moi avons commencé au début des années 1970 chez Émile Bilhau aux côtés de Robert Terrasse, dit « Vovo », le gardian de la manade. Après mon service militaire, alors que mon frère montait chez Jany Martini, moi, je suis allé monter chez Michel Lagarde.
En 1987, je suis venu travailler, ici, chez un médecin-kinésithérapeute de Lyon, Michel Algoud et deux ans plus tard, ce dernier m’a proposé de lui racheter les terres et les 10 taureaux d’origines Guillierme et Pastré. Une décision difficile à prendre car je n’avais pas beaucoup de moyens financiers. Je me suis quand même lancé.

Mon objectif au départ, c’était de développer ma propre manade et de faire sortir des taureaux, de faire courir. J’ai commencé à m’agrandir, à acheter d’autres bêtes, à faire naître, et quand je suis arrivé à 40, 50 bêtes, j’ai fait un peu les encierro, les courses de taureaux emboulés et beaucoup de taureaux piscine.

‘Photo © Carla Fougairolles

Aujourd’hui, les activités de la manade tournent essentiellement autour du travail en pays, de l’accueil de groupes, des journées découvertes avec présentation de l’élevage et du métier de gardian, tri de bétail, ferrade…

Du début avril, jusqu’à fin septembre, nous recevons des groupes – beaucoup de scolaires – qui viennent de toute la France, et même parfois d’autres pays d’Europe. Des Italiens, surtout. L’accueil des groupes se fait essentiellement en semaine car les week-ends sont consacrés aux activités traditionnelles camarguaises et aux organisations d’évènements familiaux.

Photo © Carla Fougairolles

Avec l’implication grandissante de sa fille, Carla, dans la marche de la manade, Alain Fougairolles fourmille de projets. Certains sont déjà bien engagés et même fonctionnels comme l’aménagement d’une passerelle et d’une remorque pour permettre aux personnes à mobilité réduite (personnes âgées, enfants, personnes en fauteuil roulant…) de participer pleinement.

J’ai cogité pendant plusieurs années parce que je trouvais dommage que des gens restent derrière des vitres ou sur une chaise à l’écart… alors que la famille se régalait au milieu. Je voulais qu’ils soient au milieu eux aussi, qu’ils en profitent autant… qu’il n’y ait pas de différence.

J’ai monté une remorque adaptée pour les handicapés moteurs. Elle est fonctionnelle, je vais commencer dès le mois d’avril.
Je leur expliquerai comme aux autres participants, le tri, la présentation de la manade, l’anouble en ferrade… Ils verront le médaillage, pourront toucher le petit veau dans la cage spéciale que j’ai faite…

Déjà très active à ses côtés, sa fille âgée de 22 ans, va prendre la relève. Mais économiquement, c’est compliqué. Carla est bien consciente qu’il lui faut trouver d’autres activités en dehors de la manade.

J’ai toujours voulu envisager mon avenir ici. J’ai envie que ça continue encore très longtemps. J’ai bien sûr quelques appréhensions parce que je sais que c’est très dur. Il y a beaucoup de dépenses dans l’élevage, que ce soit l’hiver pour nourrir les chevaux, les taureaux, que ce soit au niveau des frais vétérinaires, de l’entretien du matériel et des installations.

Après mon bac, j’ai passé un CAP Petite enfance, le BAFA (Brevet d’aptitude au fonctions d’animateur), je cherche un travail si possible auprès des enfants et pourquoi pas auprès des enfants handicapés avec une approche du cheval.
J’aime les animaux, la manade, c’est ma passion et après à côté j’adore les enfants.

À l’occasion de ces 30 ans, que souhaiter d’autre à Alain Fougairolles, à sa fille Carla, à tous les amis de la manade de Franquevaux, sinon qu’elle prospère au moins trente ans de plus.

L’album de Carla