Certes, nous ne retrouvons pas l’atmosphère qui prévaut habituellement en cette période de l’année où la course camarguaise bat son plein mais l’activité dans la manade, elle, ne faiblit pas en ces temps d’épidémie. Les taureaux ne connaissent pas le confinement !

Profitant de ces belles journées de printemps, les pélots des Iscles rentrent la récolte de fourrage qui s’annonce prometteuse.  Ici, sur une cinquantaine d’hectares d’anciens marais assainis et convertis en magnifiques prairies, Jacques Blatière et ses neveux, Laurent et Pierre Bessac, produisent un foin d’excellente qualité. Et en quantité qui suffit largement aux besoins de la manade.

La récolte se fait en quatre temps : Il faut d’abord saisir la première fenêtre météo favorable pour faucher l’herbe avant l’épiaison. Une fois fauché à l’aide d’une barre de coupe, le fourrage est dispersé sur place afin qu’il perde son hydrométrie, c’est l’étape de la fane. Il est ensuite disposé en larges bandes continues, les andains, puis ramassé et mis en balles de 150 à 180 kg.

Entre récolte du fourrage et manipulation du cheptel dans les pâturages, Jacques Blatière évoque les perspectives d’une saison taurine bien singulière.

 “Le problème actuellement, c’est que si on a une année totalement blanche, il nous sera très difficile de tester les jeunes taureaux.

Chaque année, nous avons un lot de 20 à 30 mâles à essayer, des ternains (taureaux de trois ans) et des quatrains (quatre ans), afin de voir un petit peu leur évolution, ceux qui sont bons, ceux qui ne sont pas bons. Si on ne peut pas faire courir cette année, il faudra en tester le double l’an prochain, sachant que ce n’est pas facile de faire courir des taureaux tous les samedis, tous les dimanches. Il faut qu’il y ait des organisateurs, clubs taurins, régies municipales, comités des fêtes, qui puissent nous réserver.

On a toutefois un tout petit espoir avec la fédération de la course camarguaise qui essaie de trouver une opportunité dans ce sens. Le président, Nicolas Triol, s’investit pour mettre en place une programmation avec les écoles taurines. On a rouvert les écoles, pourquoi ne pas rouvrir les écoles taurines. Ça permettrait aux manadiers de voir certains taureaux et aux jeunes de leur apprendre un petit peu. Dans cet esprit là, on pourrait reprendre quelques activités tout en assurant les mesures de protection indispensables en période de déconfinement.”