Chez Marie José Doutres, la créativité se nourrit d’une fine observation sur le terrain, des gens, des objets, des comportements, du milieu social. Ses croquis descriptifs, ses carnets ethnographiques racontent ce qu’elle a vu de son propre regard et constituent le point de départ de son travail artistique.

Du carnet de voyage au livre d’artiste, suivons ce cheminement de la création.

En parallèle de son activité de plasticienne et d’enseignante à l’école d’architecture de Montpellier, Marie José Doutres s’est impliquée dans le domaine de l’insertion autour du patrimoine maritime culturel et matériel de la Région Occitanie.

C’est en 2003, qu’elle découvre un article sur les Baleines échouées et sur l’histoire de Jean-Louis Fabre, vigneron à Port-La-Nouvelle.
L’article relate l’échouage d’un rorqual en novembre 1989 par jour de tempête sur la plage de Port-la-Nouvelle. En autodidacte, un viticulteur se prit de passion pour sauver les restes de l’animal d’un dynamitage imminent. Avec pour seuls outils de grands couteaux, et, au terme d’un fastidieux travail de dépeçage (mené durant près d’une semaine, en compagnie de son épouse et deux amis), J.-L. Fabre s’improvisa pour la cause en naturaliste inspiré et ramena (en tracteur et au moyen de sa benne à vendanges) le squelette complet de l’animal à son domaine. Avec une minutie hors du commun, il laissa d’abord macérer les ossements dans un étang voisin, puis, après les avoir numérotés un à un, il assembla les deux cents trente-cinq ossements du grand mammifère redonnant ainsi “de la chair” au squelette de l’animal.

Quelques années plus tard, alors qu’elle effectue le suivi d’un chantier de charpenterie de marine sur la restauration d’une goélette, elle décide de rendre visite à la baleine si proche.

Dans le ventre de la baleine du 1er au 11 mars 2020

Le samedi 23 novembre 2019, je rencontre enfin Jean Louis Fabre vigneron, naturaliste, zoologiste et scientifique érudit.
C’est le jour d’anniversaire de l’échouage de la baleine, ils fêtent les 30 ans 1989/2019. Il me présente « sa baleine ».

Le 1er mars je m’installe à l’Hôtel du Port à Port-La-Nouvelle, et côtoie des marins de passage et des travailleurs des quais, les bateaux sont immobilisés, à cause de la pandémie, la télévision allumée en permanence sur BFMTV en dit long sur l’angoisse du moment, je vais tous les jours au domaine de Jugnes, on me laisse la porte ouverte, 10 jours de tête à tête, 63 vertèbres, 15 paires de côtes le compte est bon…
Les yeux matière vivante du plus grand mammifère marin sont conservés dans du formol, et chacun hébergé dans un bocal de poisson rouge… Positionnés dans les cavités orbitaires du crâne. Ils nous questionnent, CÉTACÉ !.

Le silence de la cave et assourdissant, il fait sombre, l’éclairage à l’ancienne éclaire le squelette par petites zones, et pas toutes les lampes  en même temps…

Mes journées de  9h à 18h, sont ponctuées par le café de 17h en compagnie de Patricia, et les visites de Jean-Louis qui vient me raconter son histoire et valider mes dessins.

Le 11 mars 2020, en pleine pandémie de Covid-19, on annonce le confinement de la population en France. Contrainte à fermer mon carnet, j’abandonne la Baleine et Jean-Louis Fabre, ce carnet registre 9 rendez-vous, livrés en l’état.
Bien décidée à reprendre notre dialogue, dés que possible.

Du 17 mars au 10 mai en atelier confiné, j’exploite en gravure et dessins les sources de mon carnet.

La baleine et le vigneron

C’est une belle histoire, qui commence en 1952, le jour où Jean-Louis âgé de 8 ans trouve une vertèbre de baleine sur la plage du Rouet à Port-la-Nouvelle.

Le domaine de Jugnes, route de La Palme est une immense propriété familiale, dotée d’un marais d’un hectare, ce territoire est pour lui, depuis son plus jeune âge, un champ de fouille et d’observation de la nature idéal.

Passionné de sciences naturelles, et collectionneur de fossiles marins, l’histoire naturelle pour Jean-Louis Fabre  par son action persévérante, lui offre une connaissance rationnelle et objective du monde réel. Un homme de la terre.

Cette observation, et cette récolte, lui à permis, d’identifier et de conserver tous les objets de référence, liés à un site, une portion du monde.

Le 23 novembre 1989, une baleine de 20 mètres, pour 40 tonnes échoue sur la plage du Rouet. Il s’agit d’un balaenoptera physalus ou rorqual commun qui vit en Méditerranée. Patricia et Jean-Louis Fabre, décident de récupérer le squelette. Ils seront aidés de Sylvain et Manuel.

Le dépeçage sur place dure 6 jours.
Les os numérotés sont ramenés au domaine à l’aide d’un petit tracteur vigneron, d’une benne de vendange et d’une vieille 2CH.
4 tonnes : 4000 kilogrammes d’ossements.

Le grand marais du domaine de Jugnes, fera sa part de travail, Jean-Louis immerge les ossements et laisse faire la nature. Il utilise un phénomène de marais appelé « malaïgue » ; Les ossements sont nettoyés intérieurement par des « micro-organismes ».

Dans la cave du domaine, ils procèdent au remontage du squelette, la structure portante est réalisée de façon artisanale avec des matériaux de récupération.

En moins de 5 mois, Patricia et Jean-Louis Fabre ont, récupéré, nettoyé et remonté un squelette de 20 mètres 03, pour 2 200 kilogrammes.

LA BALEINE ET LE VIGNERON
29 novembre 2019, 30 ans.

PORT LA NOUVELLE 2019/2020

1 Carnet réunissant croquis et gravures :
« La baleine et le vigneron »
32 pages, format 25x20cm croquis au bic et encre Écoline.
« 19 phalanges et autres petits os » Essai pour une anatomie comparée.
17 gravures sur carton, tirage à la presse, format 25x40cm.

Depuis le mois de mai en atelier avec mon carnet pour sources, j’ouvre un grand cahier dessins : Complainte pour une baleine «  CÉTACÉ ! »

Format 55x80cm, poudre de graphite/huile de lin, crayon graphite, encre de chine, pochoirs, monotypes et empreintes.

En savoir + www.mariejosedoutres.com

Marie-José Doutres : Son parcours

Tout commence par 18 années de mutations familiales en France et à l’étranger,

C’est là que c’est formé mon intérêt pour ces mondes et cultures différentes, qui naissent de la rencontre entre l’homme, le territoire et les choses, matérielles ou physiques.

J’arrive à 18 ans à Montpellier, avec dans mes bagages tous les ingrédients nécessaires pour attaquer 5 années à l’Ecole des Beaux Arts, j’obtiens le Diplôme National Supérieur d’expression plastique  et de design. 

Mon diplôme en poche j’ai travaillé  à la fois en agence et en tant que travailleuse indépendante, et enseigné durant 20 ans à l’École Nationale Supérieure d’Architecture Languedoc Roussillon de Montpellier.
Le dessin a accompagné mon parcours, aller-retour dans des champs plastiques et professionnels.

Cette « écriture » presque quotidienne se charge de me trouver le vocabulaire qui argumente ma démarche et accompagne mes engagements.

En parallèle de mon activité de plasticienne depuis 2002 mon travail de carnettiste documentaliste du patrimoine témoigne des engagements associatifs ou régionaux  dans le domaine de l‘insertion secteur du patrimoine maritime culturel et matériel de la Région Occitanie.

30 carnets rendent compte de ce monde suspendu aux subventions et aux échéances  électorales.

Marie-José Doutres est installée à Vauvert depuis 2008. Elle a été adjointe au maire, déléguée à la culture, de 2014 à 2020.