La course de taureaux avait lieu sur la place de l’Horloge.

Mémoire d'un village

De génération en génération, les anciens transmettaient oralement les histoires du village, ils faisaient perdurer ainsi la mémoire collective.

Voici deux récits sur les courses de taureaux qui avaient lieu sur la place de l’Horloge. Deux histoires “le courage de Jeanne” et  “Le taureau dans la Mairie” souvenirs d’enfance de Césarine Marque et de Claude Aubat. Ces histoires se situent dans les années cinquante.

Le courage de jeanne

Pour la fête du 14 juillet, la course de taureaux avait lieu sur la place de l’Horloge qui fait suite à la rue où se trouve la mairie, pavoisée pour la circonstance. Jeanne, comme on dit chez nous, était une personne de sang-froid, c’est à dire qu’elle avait beaucoup de bravoure. On pourrait presque dire qu’elle avait un côté “toréador”.

Elle adorait les taureaux, les courses, les abrivados, les bious à toutes les sauces.

Il n’était pas rare de la voir faire un petit razé à un taureau isolé lors des abrivados.

Rien d’étonnant à cela quand on est du Midi et que l’on naît avec la passion dans le sang, mais bien surprenant pour une personne née aux pieds de la cévenne, plutôt rodée congénitalement à la  compagnie des vaches laitières.

Justement, derrière l’horloge habitait une parente de Jeanne, quelle aubaine ! la course était devant la maison, il n’y avait plus qu’à se tenir sur la porte, ouvrir et enfermer dès l’arrivée du fauve.

Avec Yvonne qui bouillait de même sang, nous étions sur la fenêtre donnant sur la place à environ un mètre du sol.

Pour ma part, j’avoue que je n’étais pas du tout rassurée et, c’est surtout sous la pression d’Yvonne que j’étais là en spectateur, tandis qu’elle était chargée d’ouvrir et de rabattre les volets dès l’arrivée de la bête.

Nous profitions depuis un bon moment du spectacle, en prenant place, quand tout à coup en même temps que j’entendais hurler les spectateurs extérieurs, je vis Yvonne sauter sur la place et courir.

Comprenant qu’il se passait quelque chose d’anormal, je me retournais vers l’intérieur de la maison et pétrifiée je restais sur place, je venais de voir le taureau traverser la première pièce et prendre la porte de la cuisine au fond où nous l’avons su après, se trouvait la tante Louise qui, prisonnière n’eut d’autres recours que de se glisser baissée, dans le coin derrière la chaise longue qui, ironie du sort, se plia sur elle.

Heureusement qu’après avoir tourné rapidement dans la petite cuisine, le taureau revint dans la première pièce. Profitant aussitôt de la trêve, la pauvre Louise enjambait le rebord de la fenêtre de cuisine pour se retrouver encore en mauvaise posture, coincée avec d’un côté les carreaux transparents et de l’autre le vide, vue la hauteur abrupte d’au moins deux mètres cinquante, rejoignant la rue en contrebas.

Immobile comme une statue sur la croisée, verticalement inconsciente, c’est à, ce moment là, que je fus poussée brusquement dans le dos par une jeune fille réfugiée sous la table et qui voulut sauter par la fenêtre, après que la bête furieuse eut envoyé danser le meuble, les quatre pieds en l’air.

Portée par des hommes, je me retrouvais tout à coup au café voisin devant un verre d’eau …

A l’intérieur de la maison se trouvait pas mal de monde et, nous avons appris, après, tout le remue ménage que cette entrée imprévue avait provoqué.

Heureusement Jeanne avait par sa témérité évité bien du “grabuge”. Elle avait tout simplement à l’entrée attrapé le taureau par les cornes pour le retenir, laissant le temps à beaucoup de personnes de gagner le premier étage.

Malgré tout, la bête furieuse et bien trop forte fit lâcher prise à Jeanne qui se retrouva impuissante après avoir reçu un coup de corne dans le bras.

Le roi de la Camargue finit son tour de piste en rasant la cheminée, au grand manteau, passant devant les jambes d’un jeune, qui s’était plaqué sur le fond, la tête dans le trou noir.

Avant de prendre la sortie à l’air libre, par la porte restée grande ouverte, il poussa jusqu’à la visite de la petite patouille, où un homme accroupi sous l’évier sentit soudain dégouliner dans son dos le vin d’une bonbonne crevée d’un coup de cornes.

On a bien ri après de certaines situations comiques au milieu de cette tragédie.

Jeanne bien soignée, après avoir fait sensation à l’hôpital, prévenu aussitôt et attendant plutôt un razeteur, s’est vite remise de sa blessure. Cela ne l’a pas refroidie dans sa passion…

LES CAILLOUX DU GRES – Souvenirs d’enfance de Beauvoisin à Usson 1935-1950 – Césarine Marque Lacour éditeur 1995

Le taureau dans la mairie

Je me revois sur une charrette devant le café du Midi, qui était tenu par Matéo et Cyprien. Les rues étaient bloquées par des charrettes et des tonneaux, bien après il y a eu des barrières. Tout le village était présent, le char était positionné sous l’horloge, devant la maison de Mme Durand, le taureau ne pouvait pas s’échappé. Je me souviens de mon père avec une échelle à vendange, il fallait être deux et bien s’entendre pour faire reculer le taureau, il s’associait souvent avec Pages dit Tille, c’était une vaillance car il fallait reculer tout en freinant la vache pour l’arrêter. Pour moi enfant ce que j’aimais, c’étaient les lardons (gros pétards qui fusaient), la mèche allumée, on lançait le lardon  derrière le taureau, cela faisait énormément de bruit en projetant de grandes étincelles. Les hommes prenaient une pipe ( gros baril en fer cerclé)  de chez Emile Chaudesaigues le distillateur, poussant le fût devant eux il fallait faire reculer la bête. On riait de pas grand chose, surtout de faire rentrer le taureau dans la Mairie et ensuite de fermer les portes. Dehors nous on attendait sans savoir ce qui se passait à l’intérieur, quand la porte s’ouvrait c’était le sauve qui peut général. Le 14 juillet le feu d’artifice se passait sur la place et les cannes volantes (fusées)  partaient du balcon de la Mairie, on en retrouvait dans tout le village.

Souvenirs d’enfance de Claude Aubat

taureau place de l'horloge
les cailloux du gres
Mairie de Beauvoisin