Pendant les vendanges, c’est aussi l’effervescence à la distillerie de Vauvert. Chaque jour, c’est un balai de camions qui se croisent dans la zone industrielle, jusque deux cents par jour. « Les gens connaissent peu nos activités finalement » s’exclame Vanessa Delaëre la DRH. L’imposant site qui collecte près de 45 000 tonnes de marc et de lie, valorise ces sous-produits de la viticulture en une douzaine de familles de produits agroalimentaires, œnologiques, industriels, agricoles et énergétiques. Il fait partie de l’Udm, union des distilleries de la Méditerranée, un groupement coopératif de six entités, de la Champagne jusqu’à l’Aude.
« L’image des distilleries c’est souvent la production d’alcool, les odeurs et même la saleté », poursuit Vanessa, « autrefois il y en avait une dans chaque village pour éviter le supressurage du vin. » Celle de Vauvert participe à une économie circulaire vertueuse avec un enjeu environnemental important. Les produits qu’elle transforme pourraient être des polluants. Les caves ont l’obligation de les faire traiter. « Nous rendons service aux adhérents et leur rendons aussi des produits issus de leurs résidus, acide tartrique, compost et tanins qui participent à la vinification. » Rien ne se perd des résidus solides ou liquides issus du raisin et du vin vinifié.
La matière première brute est transformée par étapes dans des ateliers spécifiques. « On démarre avec le marc qui est analysé à son arrivée. » C’est le potentiel colorant qui est d’abord étudié pour l’alimentaire. Les apports moins riches en colorant sont ensilés, mis dans des cuves de diffusion pour concentrer la couleur. Lorsqu’il est épuisé en terme de colorant, le marc est évacué sur le séchage.

De nombreux produits sont issus des différents procédés avec les rafles, les pépins, les pellicules. De l’alcool neutre obtenu par distillation dans une colonne rectificatrice, du bio-carburant ED95 qui alimente notamment une navette locale, le E10 seconde génération, l’acide tartrique, ralentisseur pour la prise du plâtre et du ciment mais qui sert aussi comme stabilisateur du vin. Les pépins, qui partent en huilerie et les coques qui servent au tourteau pour alimenter les chaudières biomasses de la distillerie. Viennent enfin les polyphénols, puissants antioxydants, les pulpes sous forme de poudre organique pour la nutrition animale et l’agriculture. Les tanins de la famille des polyphénols confèrent aux vins des typicités spécifiques et les anthocyanes aux propriétés antioxydantes, pigments mauves ou rouges donnent leur couleur aux vins rouges.

Des ingénieurs sont aux commandes de ces procédés industriels performants qui concourent à maintenir le site créé dans les années 1970 à un haut niveau technologique. Adrien notamment est responsable de l’innovation, et Laura, ingénieur méthodes. « Tout est recyclé à 99%, liquides et solides » résument les jeunes ingénieurs, « même les résidus liquides qui coulent dans les rigoles du site sont récupérés ! » Depuis quatre ans, la distillerie investit dans le remplacement des bennes pour qu’elles soient étanches avec moins de perte sur les routes. Tout comme les caves, la baisse de la récolte se fait sentir cette année. La distillerie veillera d’autant plus à ne pas en perdre une goutte.